235/ Mêle-toi donc de tes affaires !

Ou comment renvoyer gentiment tous les bons conseils à leurs émetteurs…

On a tous dans notre entourage, une (bonne) copine ou un gentil collègue pour nous dire ce qu’on devrait faire… Ça commence souvent quand nos minots sont encore au berceau « tu devrais pas le prendre si souvent dans les bras, tu vas en faire un gamin capricieux »… et que dire des regards levés au ciel quand ledit gamin mange une glace à 18h « juste avant de manger, viens pas te plaindre s’il refuse les légumes ! ». Alors quand l’ado se lève à midi pour venir saluer tatie Ginette, elle frôle l’apoplexie…

Mon seul crédo à moi, celui qui fait que j’arrive à relativiser, c’est qu’on fait toutes ce qu’on peut. Pas ce qu’on veut. Parole de mère de famille nombreuse, qui vaut aussi pour les parents d’enfant unique. Évidemment que la glace une heure ou deux avant de dîner, c’est pas le rêve. Mais pas de quoi non plus déclencher une guerre nucléaire… Quant aux ados… vaste sujet. Alors à tous les parents de petits, qui doivent bien rigoler en nous voyant nous démener pour tenter de faire de nos ados des adultes responsables, j’ai bien envie de leur dire de continuer de s’occuper de la carte de cantine du petit.

Mes enfants me le répètent souvent, je ne suis pas précisément le modèle de mère « cool ». J’ai quelques principes, je m’y accroche. Seulement voilà, nos enfants ne sont pas des mini-nous. Pas les mêmes goûts, pas les mêmes envies ni les mêmes besoins. Alors on s’adapte. On fait 2-3 entorses à nos principes et puis on essaie de garder le contact, voire le contrôle. Rien n’est simple. 

Ils grandissent, certaines choses m’échappent. Ce doit être le sens de la vie. Couper le cordon, leur laisser suffisamment d’espace pour qu’ils puissent s’envoler, leur dire et redire qu’on sera toujours et inconditionnellement de leur côté, pas très loin. Je n’ai pas peur de les voir déployer leurs ailes et leurs talents, j’admire leur courage, je comprends leurs rêves. J’essaie de suivre…

Mais quand même, c’est fou la capacité des gens à s’occuper de tout ce qui ne les regarde pas. Ils s’ennuient ? Alors quand je vois le regard faussement désespéré de La Mère Parfaite qui se marre et se dit probablement que je dois en baver parce que, bon, mes gamins sont bien trop ci ou pas assez ça, j’ai juste envie de lui dire : « Dis donc, Orthense, est-ce que je te demande si ta grand-mère fait du vélo ? » 

Ça, c’est la version très aimable, notez bien. Mais vous avez compris l’idée…

234 / Comment parler de la maladie à nos enfants

C’était l’année dernière, J moins une poignée de semaines avant les vacances d’été, la tribu commençait à tourner en rond alors je répétais à l’envi « plus que quelques jours mes trésors et on va enfin pouvoir souffler et regarder le temps filer ». Sauf que quelques jours plus tard, le médecin nous a regardés droit dans les yeux pour nous annoncer « votre mari a un cancer, c’est très grave, vous annulez tout ».

Voilà pour le parpaing pleine face. Passé le choc, on s’est tout de suite demandé ce qu’on allait dire aux enfants, et surtout comment… 

J’étais déjà partie en zones de turbulences pour vous l’an dernier, histoire de vous donner mes petites astuces et dédramatiser les conversations autour de la sexualité de nos ados. J’aurais bien aimé vous raconter aujourd’hui leurs dernières péripéties mais comme on estime à 380 000 cas le nombre de nouveaux cancers chaque année, j’ai le regret de vous annoncer, si ce n’est déjà fait, que tôt ou tard, vous ou vos proches seront probablement concernés, et qu’il faudra alors essayer de trouver les mots justes.

1.  On adapte le discours en fonction de l’âge

Au départ, avec mon homme, nous avons décidé de dire toute la vérité et rien que la vérité à nos deux aînés (14 et 16 ans). Nous leur avons donc expliqué ce qu’on savait, que leur père était très malade, qu’il avait un cancer mais qu’il allait guérir. Le protocole de soins allait être long et épuisant, mais il était pris à temps. Au trois petits (7, 9 et 11 ans), nous avons dit la même chose, sans parler de cancer. Pour tout vous dire, je craignais la cour de récré, celle où inévitablement un(e) bon(ne) copain/copine allait dire « bah moi aussi mon tonton il a eu un cancer et d’ailleurs il est mort ». Qu’est-ce qui se passe dans leur cerveau à ce moment-là ? Comment font-ils, à 7 ou à 16 ans pour continuer à avancer, pour dormir même en tremblant, pour jouer même en faisant semblant ? C’est ce fucking mot qui fait peur. Aujourd’hui, il est presque systématiquement associé à la mort. Pourtant, grâce à des diagnostics plus précoces, à des traitements plus efficaces et à la diminution globale du risque de mourir d’un cancer, la mortalité par cancer diminue chaque année. Alors je peux vous dire que je m’y accroche à ces stats…

2.  Pas de secret, pas de tabou, pas la peine de jouer les warriors

Je me souviens, devant leurs regards plein de doutes et de larmes, je leur ai tout de suite dit que ce n’était pas un secret. Encore moins un tabou. « Votre père est malade, on ne va pas publier une annonce dans le journal mais ce n’est pas un secret. Autrement dit, vous pouvez en parler. Vous devez prendre le soutien partout où vous le trouverez. Vos potes, les parents de vos potes, un prof. Chaque fois que vous sentirez que quelqu’un peut vous aider, vous rassurer, vous serrer dans ses bras, prenez. » Je n’attends pas d’eux qu’ils m’impressionnent, qu’ils ne pleurent pas, ni qu’ils m’épargnent. J’aurais bien aimé qu’ils traversent leur adolescence sans trop de déflagrations, mais voir leur père si faible et nous tous si démunis sera sans doute une des plus mauvaises blagues de leur adolescence… 

3.  On n’est pas seuls

Je savais qu’on ne traverserait pas cette tempête sans aide. Alors quand les ados ont dévissé cet hiver, on a trouvé un psy. Pour qu’ils puissent confier leurs angoisses et leurs doutes. Je suis particulièrement bien entourée, j’ai donc pu parler et pleurer aussi sur les épaules de mes amies. Et comme on ne change pas une équipe qui gagne, je me suis enfouie la tête dans le boulot. 9h-23h tous les jours pendant cinq longs mois. Pas le temps de penser, pas envie, pas le courage de rêver. Ce n’était probablement pas l’idée du siècle, j’y ai gagné des nouveaux cheveux blancs et des insomnies récurrentes mais j’ai franchi la ligne. 

Je précise également que nous avons tous été accompagnés par l’hôpital, qui a mis à notre disposition une armada de spécialistes qui font du bien là où ça fait très mal. C’est là qu’on dit vive la France. Le service médical français est visiblement perfectible, il semble qu’il soit proche d’avoir atteint ses limites, mais quand même, et parce qu’il faut bien appeler un chat une chance, tout ça ne nous a rien coûté. Financièrement. Pas un sou. Nada. Autant vous dire que comme on est freelance tous les deux, on a pu se concentrer sur l’essentiel, et ne pas se demander comment on allait payer la chimio nous a retiré une sacrée épine de la perfusion.

4.  On ne ment pas

Depuis qu’ils sont petits, mes enfants me disent souvent « je vivrai toujours auprès de toi maman, parce que tu mourras jamais… ». La vérité, j’espère bien qu’ils vont décamper du logis avant que j’aie besoin d’une canne pour marcher ! Mais blague à part, je n’ai jamais menti à propos de la mort, inévitable… Ça me fend le cœur mais voilà, je vais mourir, ils vont mourir. J’insiste par contre sur le fait qu’ils vont avoir une belle et longue vie, et que je serai là le plus longtemps possible auprès d’eux. Pourtant, cet hiver, régulièrement, ils venaient me voir en me demandant « t’es bien sûre que ça va papa ? Tu ne nous caches rien, tu promets ? ». Oui, je promets. Je promets que je vous dis tout ce que je sais. Je promets aussi que ça va être long…

Et puis, au printemps, la psy de l’hôpital nous a conseillé de parler aux petits. Elle a dit « ils posent des questions, ils savent. C’est à vous de leur dire. » Alors on a fait une réunion syndicale, et puis on leur a dit que la maladie de leur père portait un nom. Mais surtout, on leur a dit, puisque c’était vrai, que son cancer était guéri. Out. Que le protocole de soins n’était pas terminé, qu’il faudrait le surveiller attentivement et régulièrement, mais que leur père allait vivre… 

5.  On se projette un peu, quand même

Dès le départ, les médecins nous ont prévenus « préparez-vous à une année de merde. ». Ils n’ont pas menti. Alors très vite, je me suis projetée. J’ai dit, « l’an prochain, quand votre papa sera guéri, on fera ci, ou ça ». Histoire de fixer un cap raisonnable. Suspendre l’année en cours, hors du temps. Pas pour la nier, mais pour qu’elle ne revienne pas. Pour l’ancrer dans une année « à part ». Et surtout, j’ai expliqué aux enfants qu’ils avaient le droit d’avoir peur, mais qu’ils ne devaient pas se réfugier dans cette espèce d’entre-deux merdico-merdique, à savoir « mon père est malade alors moi je pète les plombs, c’est normal… ». On a tous des problèmes. Dans leur classe, il y avait inévitablement des gamins avec un parent au chômage, un autre malade, absent, peut-être mort, un qui cogne sur sa femme, un qui picole… enfin bref, sans tomber dans du Zola, la vie quoi… Je ne les élève pas dans ce défaitisme latent. Je n’en ferai pas des super-héros, mais je veux qu’ils comprennent qu’on n’a pas le choix. Ma philosophie à deux balles à moi, celle qui me permet de tenir et même d’avancer, c’est de penser que nos blessures sont nos forces. C’est nos émotions qui nous définissent, pas la taille de nos biceps ni le dosage en testostérone. On connaît nos priorités, nos fêlures et nos idéaux. Et on s’y accroche. Je leur ai tenu ce discours parce que j’étais convaincue que le processus de guérison de leur père passait par nous, aussi. S’il nous avait vus flancher les uns après les autres, après quoi il se serait accroché, lui ? Alors oui, j’ai fait semblant souvent, pour eux autant que pour moi. Je me suis persuadée que tout irait bien et ma foi, on ne s’en sort pas trop mal. 

6.   Et on recommence à rêver

On est maintenant à une poignée de jours avant les vacances d’été, l’ado a eu son Bac, les quatre autres ont réussi aussi à avancer. Aidés par le sport, les copains, on a su laisser du temps au temps. Mon homme est guéri, lui dit « en sursis »… N’empêche qu’après une chimio, des rayons et deux opérations plus tard, il a dit ciao bye-bye aux hôpitaux, merci d’avoir été là mais on va mettre un peu de distance entre nous. Alors avec la tribu, on s’apprête à boucler les valises, à profiter du temps qui passe sans trop d’angoisses, à envisager la vie qui s’annonce plus sereine mais surtout, on va s’autoriser à nouveau à rêver. 

« Quelle que soit la chose que vous pouvez faire ou que vous rêvez de faire, faites-la. L’audace a du génie, de la puissance et de la magie. Commencez dès maintenant. »
W. von GOETHE

233 / Hakuna matata

Lâcher le caillou

J’étais ado quand le film Le Cercle des poètes disparus est sorti, et comme beaucoup, j’avais fait mienne la locution célèbre « Carpe diem » (issue d’un poème d’Horace). J’ai donc littéralement « cueilli le jour présent sans trop me soucier du lendemain ». C’était pas super difficile, j’ai eu une enfance privilégiée avec des parents aimants et protecteurs, qui travaillaient et qui m’ont transmis l’essentiel et même le superflu. Autrement dit, ils m’ont appris à profiter des moments doux, à savourer le bonheur même s’il passe. Ils m’ont aussi armée pour les jours moins gais. Pas con.

Je ne sais pas aujourd’hui ce qui tient de l’inné ou de l’acquis, j’ai plutôt tendance à voir le verre plein à ras bord, je me réjouis d’un rien, et j’ai même réussi à dompter mes insomnies. Pour autant, je suis capable de monter très vite dans les tours et le baromètre de mes angoisses augmente à peu près au même rythme que mes enfants grandissent. (Petits enfants tout ça…) Mais j’ai appris à lâcher le caillou, à alléger ma #charge mentale et me satisfaire de ce qui fonctionne. Sans procrastiner, mais en ayant bien conscience que les journées ne sont pas extensibles, mon énergie non plus.

Expliquer pour convaincre…

Nous avons d’ailleurs fréquemment ce genre de conversation avec mes enfants. Je leur rappelle : « je ne suis pas votre copine… », « c’est mon rôle de vous expliquer la vraie vie », « les autres font ce qu’ils veulent/peuvent, mais ici, j’aimerais bien que ça se passe comme ça… », « on en reparlera dans 10 ans… ». Pas toujours facile à entendre, épuisant à rabâcher, mais ça aussi, j’ai bien compris que c’était mon rôle. Dire et redire, tenir bon. J’ai signé pour ça il y a 17 ans… #pascraquer

… et adapter le curseur

Le quotidien m’use mais aucune baguette magique. Je n’ai pas encore réussi à reformater ce disque dur là.Je suis de celles qui pensent qu’on n’élève pas tous ses enfants de la même façon. J’adapte (j’essaie) en fonction de leur caractère et de leurs besoins, qui sont, inutile de le préciser, à géométrie variable. Cinq enfants, des garçons, des filles, des petits, des grands, des angoissé(e)s, des pénibles, des contrariants, des solaires, des ados, des bonheurs. J’avais quelques principes à la naissance de mon aîné, autant dire que la dernière bénéficie aujourd’hui de ma souplesse légendaire. Comme j’aimerais me téléporter dans un futur pas trop lointain, disons une bonne décennie, et voir si on s’est pas trop planté. Réussira-t-on à leur épargner un abonnement chez le psy ? Sauront-ils déjouer les mauvais tours et embrasser la chance ? Comme j’aimerais en être sûre.

Le cœur léger

Prendre le chemin le plus court fait partie de mes choix sans option. Pas du genre à tergiverser, pas le temps. Je leur dis souvent « fais-toi confiance ». Un challenge à relever ? « Va chercher le oui, le non tu l’as déjà ». Je me couche le soir en cochant quelques bonnes cases, autosatisfaction garantie. Mais je n’oublie pas de regarder dans le rétro, histoire de constater le chemin parcouru, et envisager celui qu’il nous reste à arpenter, le cœur léger. Je ne sais pas comment ils se souviendront de nous, comment ils parleront de nous, après. Mais j’aimerais qu’ils retiennent qu’on était joyeux, qu’on a essayé, profité, ri, admiré et rêvé. Tout va bien.

Il est là aussi notre rôle de parents, se promettre que tout ira bien. Fixer bien droit leurs prunelles encore adoucies par l’enfance et les en convaincre. Hakuna matata.

232 / Mes amies, mes amours, mes emmerdes

L’autre soir, alors qu’à table nous parlions avec mon homme et la tribu du ralentissement de la croissance et de la hausse du chômage… (nan, je déconne, en vrai, on mangeait tranquillement une plâtrée de pâtes, la même que la veille d’ailleurs, la faute au temps qui file…). Bref, c’était une soirée plutôt calme, comme je les aime, où chacun racontait sa journée, ses petits bonheurs ou ses chagrins, quand mon ado (#ma bataille) m’a demandé qui était ma meilleure amie…

J’ai répondu alors que je n’avais plus de BFF. Mais que je chérissais ma chance d’être particulièrement bien entourée. Depuis cet été pourri (celles qui savent, savent), et face à l’année merdico-merdique qui s’annonce, je ne compte plus toutes les marques d’amitié et de tendresse de mes amies. Entre celles qui m’envoient un petit message chaque semaine, celles qui me font rire, celles qui, quand je les croise, me font comprendre qu’elles sont là, celles qui s’invitent pour le café et me font la journée plus douce, celles qui m’appellent régulièrement, et celle qui – fraichement diplômée après une reconversion qui m’impressionne –, me régale de ses pâtisseries de dingo… je ne suis pas seule. Ça ne changera pas le cours de la vie, mais ça ajoute un sacré petit supplément d’âme à mes journées.

Nous discutions donc tous ensemble, quand ma petite dernière (7 ans) a dit :

  • C’est vrai que ça fait très chaud dans le cœur maman d’être bien avec les copines. Moi je sais pas trop si on peut dire que je suis ta copine, je crois pas vu que je suis ta fille, mais quand même, on peut se dire nos secrets et surtout, on s’aime. Moi je t’ai et toi tu m’as. Et quand je pense à toi dans la journée, je vois ton cœur et je t’envoie le mien. Parce que quand on aime quelqu’un, il faut lui dire, il faut qu’il sache.

Avec la retenue qui me caractérise, j’envisage donc dès maintenant d’inscrire cette gosse en licence de philo. J’abuse ou bien ?

PS > Si nos amis hommes passent par ici, qu’ils ne s’offusquent pas, ils sont évidemment aussi précieux.

231/ Les perles du Bac vous font-elles vraiment rire ?

Ils étaient 753 000 à plancher ce matin pour la première épreuve de Philo ou celle de Français. Celles qui donnent le La. Nous sommes donc environ 1 506 000 parents fébriles à avoir passé une des pires nuits de l’année… Nous, les « heureux » parents, avions lu attentivement les mille et une recommandations de bon sens, à base de « laissez-les gérer leurs révisions », « ne rajoutez pas vos angoisses à leur stress », « trouvez la bonne distance », « faites leur confiance ». Bref, en un mot comme en cent « fichez-leur la paix » !

On ne va pas se mentir, ça n’a pas été simple.

Personnellement, j’ai bien cru traverser la dernière porte des Enfers… Tiraillée entre l’envie de le laisser « gérer » (la bonne blague !) et celle de pleurer devant son organisation. Je suis malgré tout devenue presque incollable sur la poésie de Cendrars, de Rimbaud et de Verlaine. La vérité, si j’avais pu y aller à sa place cet après-midi, je crois que j’aurais été soulagée. C’est grave docteur ? En attendant, je lui ai quand même suggéré de prendre une barre de céréales, une bouteille d’eau et du typex. Je crois avoir entendu « ouais bah c’est bon, j’ai pas quatre ans » mais cette fois-ci, je n’ai pas manifesté mon autorité naturelle… (#C’étaitPasTropLeMoment)

Les « mauvaises perles »

Nos jeunes étudiants vont enchaîner les épreuves et d’ici quelques jours, tout le monde va se régaler à la lecture des fameuses « perles » que les correcteurs auront le bon goût de publier sur les réseaux sociaux. Nous découvrirons alors avec effarement que certains élèves ont placé la Chine en Occident, que Kant est l’auteur de Candide, que le Sahara est avant tout un immense bac à sable et que les Romains ont construit des viaducs pour faire passer les trains. La vérité, qu’est-ce qu’on se marre… Bien qu’ayant un fort penchant naturel pour la gaudriole, ces perles-là ne m’ont jamais fait rire. On le sait tous, les mots font mal. D’ailleurs, si on devait relayer toutes les âneries publiées sur les réseaux sociaux, par des parents qui n’ont pas tous le fameux sésame, on alimenterait des encyclopédies entières avec les perles de ces élites ! Loin de moi l’idée de faire de l’angélisme avec nos ados, vous le savez, je suis la première à lister leurs aspects relous mais je reste convaincue malgré tout que ces railleries n’ont aucun intérêt.

vs les « anti-perles »

L’an dernier, j’avais particulièrement apprécié l’initiative d’une prof de Français (Françoise Cahen, professeur à Alfortville) qui appelait ses confrères à publier les « anti-perles » pour recenser les vraies pépites du Bac. Celles qui mettent en évidence les remarques pertinentes des ados et prouvent qu’ils n’ont pas le QI d’une huître. Car nos enfants, aussi épuisants et déroutants soient-ils (je parle sous contrôle de maître Xanax) sont malgré tout capables d’éclairs de génie. J’espère d’ailleurs qu’elle va renouveler cette initiative pour nous réjouir encore de leurs belles phrases.

« Outre cela, le passé et par extension le vécu d’un personnage joue un rôle essentiel dans sa construction, si bien que ce n’est qu’en connaissance dudit passé qu’on peut, le plus souvent, pleinement comprendre la façon de se comporter et d’aborder la réalité d’un personnage. » Brillant, non ? C’est l’extrait d’une dissertation ES-S.

Et vous ?

« La culture nous rend-elle plus humain ? », « Peut-on renoncer à la vérité ? » Et vous, vous auriez répondu facilement à ces sujets de Philo ce matin ? Vous n’y auriez glissé aucune perle ? Allez, courage, d’ici une semaine tout le monde sera soulagé… jusqu’aux résultats ! Bonne chance, sincèrement, à tous les étudiants et à leurs parents. Cœur avec les doigts.

 

 

 

 

 

 

 

© Le Parisien

230 / La mère de l’ado. En 10 points

C’est fou comme les mères d’ado(s) ont ce je-ne-sais-quoi en commun… Les parents d’ado(s) forment, c’est certain, une sorte de confrérie sourde, un ensemble qui ne se retrouve plus désormais auprès des bacs à sable, mais qui se reconnaît très facilement : lors d’une soirée par exemple, on se regarde, on jette un œil discret au machin d’un mètre 80 qui se tient à l’écart, tronche en biais et portable à la main et… on se comprend. Mieux, on compatit !

L’an dernier, à la même époque, j’avais rédigé un petit billet sur l’ado et ses quelques caractéristiques bien reloues. Comme je suis globalement pour le principe d’égalité, voici cette fois nos petites spécificités. Celles qui font qu’on compte les jours en se disant que punaise, on en rira dans dix ans… Ou même un peu avant pour les plus chanceuses !

Pour les besoins de la narration, je suis repartie en zone de turbulences. Ça ne mérite toujours pas le Prix Albert Londres, mais ça vous évitera peut-être deux-trois séances chez le marabout du coin. (Parce que le trois fois sans frais chez le psy, on a déjà donné.)

***

Véritable athlète, la mère de l’ado se prépare chaque jour à affronter les épreuves combinées du décathlon : aucune discipline ne ressemble à une autre mais elle maîtrise les courses, les sauts et les lancers. Ses performances sont très rarement récompensées (à peine remarquées) pourtant sur l’échelle de la fatigue, elle a atteint le maximum de points…

Le karma, cet enfoiré ! La mère de l’ado a l’habitude des soirées Fast food and furious… Entre les portes qui claquent et les airs désabusés, elle sait que chaque jour qui passe sans avoir menacé sa descendance de retourner sa chambre est un jour gagné ! (Celles qui savent, savent…).

PNC aux portes. Absolument pas parano, celle qui héberge son ado vit avec le téléphone vissé au bout du bras, qu’elle vérifie nerveusement (toutes les 23 secondes, en moyenne) en attendant une réponse. 21h18, elle a déjà envoyé 34 messages, « Ça va, tu es bien arrivé(e) ? Pas d’alcool, hein, promis ? Margaux est bien avec toi ? Simon aussi ? Tu promets ? Tu m’appelles si tu veux que je vienne te chercher ? Hein ? Dis ? Tu as bien reçu mon message tout à l’heure ? T’as pas répondu mais ça va, t’es sûre ? Je t’aime. » Intérieur nuit / extérieur jour, la mère de l’ado, veille.

Réflexe pavlovien, dès que le nom du lycée s’affiche sur le téléphone, elle se mord la lèvre, enchaîne les exercices de respiration abdominale et décroche, prête au pire… En moins de 10 secondes, elle imagine la liste et se prépare à entendre que son teenager :

  • est viré
  • a été surpris en train de fumer dans les toilettes
  • vient d’être emmené d’urgence à l’hôpital

Elle se demande alors pourquoi elle n’a jamais envisagé que ce simple coup de fil puisse lui annoncer que son jouvenceau allait recevoir la médaille du mérite. Allez comprendre…

Entre oripeaux de la jeune mère et peau, quelques années plus tard, un chouia usée, être mère d’un(e) ado c’est se débattre, se heurter et chercher inévitablement à comprendre le fruit de ses entrailles. Pour autant, si l’adolescence est une période de changements radicaux, à le voir nous observer de la tête aux pieds, le regard vaguement désespéré et l’entendre nous dire « T’as pas grossi un peu m’man ? », il nous arrive d’envisager sérieusement de l’enfermer dans sa chambre. Ce qui lui donnerait l’occasion de réfléchir à nouveau au sens des mots « respect » et « tolérance » mais aussi, pourquoi pas, de constater qu’un rangement complet de ce qui lui sert de chambre est devenu, il faut bien l’avouer, nécessaire.

La taille du nombril de l’ado étant inversement proportionnelle à celle de son cerveau, il exprime son besoin urgent, absolument vital d’un Iphone X et des pompes dernier-cri environ quinze fois par jour… Sa mère, elle, se satisfait de quelques clics sur Sarenza et Sephora. (Se reporter au point ci-dessus : oui, elle a un peu grossi, non, elle n’est pas susceptible…)

Pour maintenir des échanges familiaux riches et harmonieux quand on abrite un ado, mieux vaut suivre des cours de yoga le lundi midi. On sacrifie certes sa pause déj’ mais on en sent les bénéfices dès le soir. Pour autant, nager 2 km tous les mercredis et envisager la marche nordique le dimanche n’est pas totalement inutile. Pour la bonne cause…

Trois mots ont tambouriné sans relâche à la porte de nos nuits sans sommeil : « divorce » – « infanticide » – « Temesta ». Mais des mois de pratique intensive de la méditation de pleine conscience nous auront permis d’éviter haut la main d’avoir recours désormais à de telles pensées sombres. Peine perdue, joie retrouvée !

Pour preuve, c’est désormais :

  • Fais comme tu veux ma chérie…  (en pensant très fort, « Moi, je l’ai eu mon Bac, et du premier coup !).
  • Il me semble que ça n’est pas tout à fait exact mais je peux me tromper…  (On a dit, pas d’opposition frontale !)

Less is more. Tandis que l’ado prolonge nonchalamment sa nuit, maman se réserve désormais un doux créneau le samedi, généralement de 10h à 15h. La terre peut s’arrêter de tourner, l’eau de ruisseler et le CAC 40 dégringoler aussi vite, maman n’est là pour personne… Sans rien programmer, elle adapte chaque semaine ce moment merveilleux et en profite pour faire du shopping avec ses copines, aller chez le coiffeur, bouquiner tranquillos au fond de son lit, jardiner seule, ou rouler fenêtre ouverte et cheveux au vent en écoutant ses tubes préférés. Décharge mentale en mode « on ». Très, très efficace.

Ça veut dire beaucoup. On a survécu aux contractions, au régime sans sel et sans sucre pendant la grossesse, aux douleurs de l’accouchement, aux vergetures, aux crevasses, au baby-blues, aux nuits de merde, au terrible-two, aux poux, au harcèlement à l’école et aux disputes entre frères alors autant vous dire que ces quelques mois (ok, ça se compte en années…) ne vont pas (plus) (presque plus…) entamer notre joie de vivre et nos projets de famille unie. Parce qu’avoir un(e) ado, c’est un matin se surprendre à regarder son aîné, le trouver rudement beau et être fière de celui qu’il devient. C’est le laisser déployer ses ailes et découvrir, sans nous, ses envies et ses besoins, c’est trouver le recul nécessaire pour qu’il vive en grand, en tendre et en sincère, et qu’il construise sereinement l’adulte qu’il sera demain, c’est privilégier l’alignement des planètes pour lui éviter le pire, c’est croire au merveilleux, le voir et se dire que finalement, on a plutôt bien réussi.

***

Edit :

Pour ma plus grande joie, ce billet a été partagé sur Le Huffington Post et sur Elle.fr

229 / Donnons le plaisir de lire à nos enfants

Dans la tribu, le rapport aux livres est tout à fait particulier et chacun entretient donc très différemment cet appétit. Personnellement, j’ai vu ma PAL augmenter en même temps que mes grossesses… Cinq enfants en dix ans, le marque-pages est longtemps resté figé au même endroit, grosso-modo page 32. Pourtant, mon appétit n’a pas diminué, j’achetais toujours autant de livres. Et puis désespérant de pouvoir terminer un bouquin, je les rangeais gentiment dans la bibliothèque. Jusqu’à 2015 en gros. Date à laquelle j’ai décidé que mes insomnies auraient au moins une utilité… J’ai participé également à un prix littéraire, organisé par mon libraire adoré, L’Esperluette à Chartres, et ce challenge m’a permis de rencontrer des auteurs, de parler avec d’autres dingos des livres, bref, d’échanger…

Très fins lecteurs et toujours de très bons conseils, je ne manque pas de solliciter les libraires quand j’ai un doute, quand je manque d’inspiration ou mieux, quand je veux
« juste » me faire plaisir. Parce que c’est bien de cela dont il s’agit n’est-ce pas ? Se faire plaisir, uniquement et entièrement.

Transmettre ce goût à mes enfants est un de mes challenges…

Ma fille de 8 ans semble totalement addict, tandis que mes deux ados sont passés à côté pour l’instant. Je précise « pour l’instant », parce que les chemins qui mènent à la lecture sont multiples, ils prennent parfois leur temps, il faut emprunter des sentiers rares, alors je ne renonce pas. N° 3 est très bon lecteur, pas spécialement curieux (pas assez à mon goût…) mais il ne rechigne pas à lire. Pour autant, ce n’est pas lui qui vide le plus ma carte bancaire… La petite dernière est au CP, elle commence à lire puisque la magie a encore opéré ! Je me suis fait surprendre avec chacun de mes enfants, ce moment où ils découvrent tout, sans nous, où les sons forment des mots puis des phrases et enfin des histoires m’aura bluffé chaque fois ! Mes filles aiment bien m’accompagner toutes les semaines chez le libraire : et moi j’adore les voir hésiter, choisir, questionner le libraire et tenir serré le trésor qu’elles m’ont convaincu d’acheter.

Sur IG plus qu’ici ou sur FB, je partage avec vous régulièrement mes coups de cœur ou ceux de mes enfants. La littérature jeunesse a tellement changé ! À mon époque, on avait le choix entre la bibliothèque rose et la verte… aujourd’hui, les auteurs et les éditeurs rivalisent d’ingéniosité pour essayer de faire tomber les enfants dans la marmite.

La KUBE, la box pour les enfants

Alors si comme moi, ce sujet vous tient à cœur, La KUBE, jusqu’alors box de lecture sur-mesure pour adultes, élargit son offre au public jeune et propose de créer un groupe de travail (des parents, instituteurs ou toute personne intéressée). Pourquoi ? Pour échanger et créer ensemble un concept qui donne le goût de lire aux enfants. Je suis heureuse de participer à ce projet évidemment et je vous encourage à vous joindre à nous dès maintenant mais attention jusqu’au 8 avril sur leur site.

Marre d’entendre « j’aime pas lire »…

(Re)donner le goût de lire en mettant entre les mains des lecteurs des livres qui sont recommandés sur-mesure pour eux par des libraires indépendants, c’est la belle idée de la Kube. « Donner le goût de lire » aux enfants a alors beaucoup d’importance puisqu’il s’agit d’un âge crucial dans l’apprentissage de la lecture et le développement ou non du «plaisir de lire ». Un sujet au cœur des préoccupations de beaucoup de parents, non ?

Alors, vous venez ? On vous attend…

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