232 / Mes amies, mes amours, mes emmerdes

L’autre soir, alors qu’à table nous parlions avec mon homme et la tribu du ralentissement de la croissance et de la hausse du chômage… (nan, je déconne, en vrai, on mangeait tranquillement une plâtrée de pâtes, la même que la veille d’ailleurs, la faute au temps qui file…). Bref, c’était une soirée plutôt calme, comme je les aime, où chacun racontait sa journée, ses petits bonheurs ou ses chagrins, quand mon ado (#ma bataille) m’a demandé qui était ma meilleure amie…

J’ai répondu alors que je n’avais plus de BFF. Mais que je chérissais ma chance d’être particulièrement bien entourée. Depuis cet été pourri (celles qui savent, savent), et face à l’année merdico-merdique qui s’annonce, je ne compte plus toutes les marques d’amitié et de tendresse de mes amies. Entre celles qui m’envoient un petit message chaque semaine, celles qui me font rire, celles qui, quand je les croise, me font comprendre qu’elles sont là, celles qui s’invitent pour le café et me font la journée plus douce, celles qui m’appellent régulièrement, et celle qui – fraichement diplômée après une reconversion qui m’impressionne –, me régale de ses pâtisseries de dingo… je ne suis pas seule. Ça ne changera pas le cours de la vie, mais ça ajoute un sacré petit supplément d’âme à mes journées.

Nous discutions donc tous ensemble, quand ma petite dernière (7 ans) a dit :

  • C’est vrai que ça fait très chaud dans le cœur maman d’être bien avec les copines. Moi je sais pas trop si on peut dire que je suis ta copine, je crois pas vu que je suis ta fille, mais quand même, on peut se dire nos secrets et surtout, on s’aime. Moi je t’ai et toi tu m’as. Et quand je pense à toi dans la journée, je vois ton cœur et je t’envoie le mien. Parce que quand on aime quelqu’un, il faut lui dire, il faut qu’il sache.

Avec la retenue qui me caractérise, j’envisage donc dès maintenant d’inscrire cette gosse en licence de philo. J’abuse ou bien ?

PS > Si nos amis hommes passent par ici, qu’ils ne s’offusquent pas, ils sont évidemment aussi précieux.

231/ Les perles du Bac vous font-elles vraiment rire ?

Ils étaient 753 000 à plancher ce matin pour la première épreuve de Philo ou celle de Français. Celles qui donnent le La. Nous sommes donc environ 1 506 000 parents fébriles à avoir passé une des pires nuits de l’année… Nous, les « heureux » parents, avions lu attentivement les mille et une recommandations de bon sens, à base de « laissez-les gérer leurs révisions », « ne rajoutez pas vos angoisses à leur stress », « trouvez la bonne distance », « faites leur confiance ». Bref, en un mot comme en cent « fichez-leur la paix » !

On ne va pas se mentir, ça n’a pas été simple.

Personnellement, j’ai bien cru traverser la dernière porte des Enfers… Tiraillée entre l’envie de le laisser « gérer » (la bonne blague !) et celle de pleurer devant son organisation. Je suis malgré tout devenue presque incollable sur la poésie de Cendrars, de Rimbaud et de Verlaine. La vérité, si j’avais pu y aller à sa place cet après-midi, je crois que j’aurais été soulagée. C’est grave docteur ? En attendant, je lui ai quand même suggéré de prendre une barre de céréales, une bouteille d’eau et du typex. Je crois avoir entendu « ouais bah c’est bon, j’ai pas quatre ans » mais cette fois-ci, je n’ai pas manifesté mon autorité naturelle… (#C’étaitPasTropLeMoment)

Les « mauvaises perles »

Nos jeunes étudiants vont enchaîner les épreuves et d’ici quelques jours, tout le monde va se régaler à la lecture des fameuses « perles » que les correcteurs auront le bon goût de publier sur les réseaux sociaux. Nous découvrirons alors avec effarement que certains élèves ont placé la Chine en Occident, que Kant est l’auteur de Candide, que le Sahara est avant tout un immense bac à sable et que les Romains ont construit des viaducs pour faire passer les trains. La vérité, qu’est-ce qu’on se marre… Bien qu’ayant un fort penchant naturel pour la gaudriole, ces perles-là ne m’ont jamais fait rire. On le sait tous, les mots font mal. D’ailleurs, si on devait relayer toutes les âneries publiées sur les réseaux sociaux, par des parents qui n’ont pas tous le fameux sésame, on alimenterait des encyclopédies entières avec les perles de ces élites ! Loin de moi l’idée de faire de l’angélisme avec nos ados, vous le savez, je suis la première à lister leurs aspects relous mais je reste convaincue malgré tout que ces railleries n’ont aucun intérêt.

vs les « anti-perles »

L’an dernier, j’avais particulièrement apprécié l’initiative d’une prof de Français (Françoise Cahen, professeur à Alfortville) qui appelait ses confrères à publier les « anti-perles » pour recenser les vraies pépites du Bac. Celles qui mettent en évidence les remarques pertinentes des ados et prouvent qu’ils n’ont pas le QI d’une huître. Car nos enfants, aussi épuisants et déroutants soient-ils (je parle sous contrôle de maître Xanax) sont malgré tout capables d’éclairs de génie. J’espère d’ailleurs qu’elle va renouveler cette initiative pour nous réjouir encore de leurs belles phrases.

« Outre cela, le passé et par extension le vécu d’un personnage joue un rôle essentiel dans sa construction, si bien que ce n’est qu’en connaissance dudit passé qu’on peut, le plus souvent, pleinement comprendre la façon de se comporter et d’aborder la réalité d’un personnage. » Brillant, non ? C’est l’extrait d’une dissertation ES-S.

Et vous ?

« La culture nous rend-elle plus humain ? », « Peut-on renoncer à la vérité ? » Et vous, vous auriez répondu facilement à ces sujets de Philo ce matin ? Vous n’y auriez glissé aucune perle ? Allez, courage, d’ici une semaine tout le monde sera soulagé… jusqu’aux résultats ! Bonne chance, sincèrement, à tous les étudiants et à leurs parents. Cœur avec les doigts.

 

 

 

 

 

 

 

© Le Parisien

230 / La mère de l’ado. En 10 points

C’est fou comme les mères d’ado(s) ont ce je-ne-sais-quoi en commun… Les parents d’ado(s) forment, c’est certain, une sorte de confrérie sourde, un ensemble qui ne se retrouve plus désormais auprès des bacs à sable, mais qui se reconnaît très facilement : lors d’une soirée par exemple, on se regarde, on jette un œil discret au machin d’un mètre 80 qui se tient à l’écart, tronche en biais et portable à la main et… on se comprend. Mieux, on compatit !

L’an dernier, à la même époque, j’avais rédigé un petit billet sur l’ado et ses quelques caractéristiques bien reloues. Comme je suis globalement pour le principe d’égalité, voici cette fois nos petites spécificités. Celles qui font qu’on compte les jours en se disant que punaise, on en rira dans dix ans… Ou même un peu avant pour les plus chanceuses !

Pour les besoins de la narration, je suis repartie en zone de turbulences. Ça ne mérite toujours pas le Prix Albert Londres, mais ça vous évitera peut-être deux-trois séances chez le marabout du coin. (Parce que le trois fois sans frais chez le psy, on a déjà donné.)

***

Véritable athlète, la mère de l’ado se prépare chaque jour à affronter les épreuves combinées du décathlon : aucune discipline ne ressemble à une autre mais elle maîtrise les courses, les sauts et les lancers. Ses performances sont très rarement récompensées (à peine remarquées) pourtant sur l’échelle de la fatigue, elle a atteint le maximum de points…

Le karma, cet enfoiré ! La mère de l’ado a l’habitude des soirées Fast food and furious… Entre les portes qui claquent et les airs désabusés, elle sait que chaque jour qui passe sans avoir menacé sa descendance de retourner sa chambre est un jour gagné ! (Celles qui savent, savent…).

PNC aux portes. Absolument pas parano, celle qui héberge son ado vit avec le téléphone vissé au bout du bras, qu’elle vérifie nerveusement (toutes les 23 secondes, en moyenne) en attendant une réponse. 21h18, elle a déjà envoyé 34 messages, « Ça va, tu es bien arrivé(e) ? Pas d’alcool, hein, promis ? Margaux est bien avec toi ? Simon aussi ? Tu promets ? Tu m’appelles si tu veux que je vienne te chercher ? Hein ? Dis ? Tu as bien reçu mon message tout à l’heure ? T’as pas répondu mais ça va, t’es sûre ? Je t’aime. » Intérieur nuit / extérieur jour, la mère de l’ado, veille.

Réflexe pavlovien, dès que le nom du lycée s’affiche sur le téléphone, elle se mord la lèvre, enchaîne les exercices de respiration abdominale et décroche, prête au pire… En moins de 10 secondes, elle imagine la liste et se prépare à entendre que son teenager :

  • est viré
  • a été surpris en train de fumer dans les toilettes
  • vient d’être emmené d’urgence à l’hôpital

Elle se demande alors pourquoi elle n’a jamais envisagé que ce simple coup de fil puisse lui annoncer que son jouvenceau allait recevoir la médaille du mérite. Allez comprendre…

Entre oripeaux de la jeune mère et peau, quelques années plus tard, un chouia usée, être mère d’un(e) ado c’est se débattre, se heurter et chercher inévitablement à comprendre le fruit de ses entrailles. Pour autant, si l’adolescence est une période de changements radicaux, à le voir nous observer de la tête aux pieds, le regard vaguement désespéré et l’entendre nous dire « T’as pas grossi un peu m’man ? », il nous arrive d’envisager sérieusement de l’enfermer dans sa chambre. Ce qui lui donnerait l’occasion de réfléchir à nouveau au sens des mots « respect » et « tolérance » mais aussi, pourquoi pas, de constater qu’un rangement complet de ce qui lui sert de chambre est devenu, il faut bien l’avouer, nécessaire.

La taille du nombril de l’ado étant inversement proportionnelle à celle de son cerveau, il exprime son besoin urgent, absolument vital d’un Iphone X et des pompes dernier-cri environ quinze fois par jour… Sa mère, elle, se satisfait de quelques clics sur Sarenza et Sephora. (Se reporter au point ci-dessus : oui, elle a un peu grossi, non, elle n’est pas susceptible…)

Pour maintenir des échanges familiaux riches et harmonieux quand on abrite un ado, mieux vaut suivre des cours de yoga le lundi midi. On sacrifie certes sa pause déj’ mais on en sent les bénéfices dès le soir. Pour autant, nager 2 km tous les mercredis et envisager la marche nordique le dimanche n’est pas totalement inutile. Pour la bonne cause…

Trois mots ont tambouriné sans relâche à la porte de nos nuits sans sommeil : « divorce » – « infanticide » – « Temesta ». Mais des mois de pratique intensive de la méditation de pleine conscience nous auront permis d’éviter haut la main d’avoir recours désormais à de telles pensées sombres. Peine perdue, joie retrouvée !

Pour preuve, c’est désormais :

  • Fais comme tu veux ma chérie…  (en pensant très fort, « Moi, je l’ai eu mon Bac, et du premier coup !).
  • Il me semble que ça n’est pas tout à fait exact mais je peux me tromper…  (On a dit, pas d’opposition frontale !)

Less is more. Tandis que l’ado prolonge nonchalamment sa nuit, maman se réserve désormais un doux créneau le samedi, généralement de 10h à 15h. La terre peut s’arrêter de tourner, l’eau de ruisseler et le CAC 40 dégringoler aussi vite, maman n’est là pour personne… Sans rien programmer, elle adapte chaque semaine ce moment merveilleux et en profite pour faire du shopping avec ses copines, aller chez le coiffeur, bouquiner tranquillos au fond de son lit, jardiner seule, ou rouler fenêtre ouverte et cheveux au vent en écoutant ses tubes préférés. Décharge mentale en mode « on ». Très, très efficace.

Ça veut dire beaucoup. On a survécu aux contractions, au régime sans sel et sans sucre pendant la grossesse, aux douleurs de l’accouchement, aux vergetures, aux crevasses, au baby-blues, aux nuits de merde, au terrible-two, aux poux, au harcèlement à l’école et aux disputes entre frères alors autant vous dire que ces quelques mois (ok, ça se compte en années…) ne vont pas (plus) (presque plus…) entamer notre joie de vivre et nos projets de famille unie. Parce qu’avoir un(e) ado, c’est un matin se surprendre à regarder son aîné, le trouver rudement beau et être fière de celui qu’il devient. C’est le laisser déployer ses ailes et découvrir, sans nous, ses envies et ses besoins, c’est trouver le recul nécessaire pour qu’il vive en grand, en tendre et en sincère, et qu’il construise sereinement l’adulte qu’il sera demain, c’est privilégier l’alignement des planètes pour lui éviter le pire, c’est croire au merveilleux, le voir et se dire que finalement, on a plutôt bien réussi.

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Edit :

Pour ma plus grande joie, ce billet a été partagé sur Le Huffington Post et sur Elle.fr

229 / Donnons le plaisir de lire à nos enfants

Dans la tribu, le rapport aux livres est tout à fait particulier et chacun entretient donc très différemment cet appétit. Personnellement, j’ai vu ma PAL augmenter en même temps que mes grossesses… Cinq enfants en dix ans, le marque-pages est longtemps resté figé au même endroit, grosso-modo page 32. Pourtant, mon appétit n’a pas diminué, j’achetais toujours autant de livres. Et puis désespérant de pouvoir terminer un bouquin, je les rangeais gentiment dans la bibliothèque. Jusqu’à 2015 en gros. Date à laquelle j’ai décidé que mes insomnies auraient au moins une utilité… J’ai participé également à un prix littéraire, organisé par mon libraire adoré, L’Esperluette à Chartres, et ce challenge m’a permis de rencontrer des auteurs, de parler avec d’autres dingos des livres, bref, d’échanger…

Très fins lecteurs et toujours de très bons conseils, je ne manque pas de solliciter les libraires quand j’ai un doute, quand je manque d’inspiration ou mieux, quand je veux
« juste » me faire plaisir. Parce que c’est bien de cela dont il s’agit n’est-ce pas ? Se faire plaisir, uniquement et entièrement.

Transmettre ce goût à mes enfants est un de mes challenges…

Ma fille de 8 ans semble totalement addict, tandis que mes deux ados sont passés à côté pour l’instant. Je précise « pour l’instant », parce que les chemins qui mènent à la lecture sont multiples, ils prennent parfois leur temps, il faut emprunter des sentiers rares, alors je ne renonce pas. N° 3 est très bon lecteur, pas spécialement curieux (pas assez à mon goût…) mais il ne rechigne pas à lire. Pour autant, ce n’est pas lui qui vide le plus ma carte bancaire… La petite dernière est au CP, elle commence à lire puisque la magie a encore opéré ! Je me suis fait surprendre avec chacun de mes enfants, ce moment où ils découvrent tout, sans nous, où les sons forment des mots puis des phrases et enfin des histoires m’aura bluffé chaque fois ! Mes filles aiment bien m’accompagner toutes les semaines chez le libraire : et moi j’adore les voir hésiter, choisir, questionner le libraire et tenir serré le trésor qu’elles m’ont convaincu d’acheter.

Sur IG plus qu’ici ou sur FB, je partage avec vous régulièrement mes coups de cœur ou ceux de mes enfants. La littérature jeunesse a tellement changé ! À mon époque, on avait le choix entre la bibliothèque rose et la verte… aujourd’hui, les auteurs et les éditeurs rivalisent d’ingéniosité pour essayer de faire tomber les enfants dans la marmite.

La KUBE, la box pour les enfants

Alors si comme moi, ce sujet vous tient à cœur, La KUBE, jusqu’alors box de lecture sur-mesure pour adultes, élargit son offre au public jeune et propose de créer un groupe de travail (des parents, instituteurs ou toute personne intéressée). Pourquoi ? Pour échanger et créer ensemble un concept qui donne le goût de lire aux enfants. Je suis heureuse de participer à ce projet évidemment et je vous encourage à vous joindre à nous dès maintenant mais attention jusqu’au 8 avril sur leur site.

Marre d’entendre « j’aime pas lire »…

(Re)donner le goût de lire en mettant entre les mains des lecteurs des livres qui sont recommandés sur-mesure pour eux par des libraires indépendants, c’est la belle idée de la Kube. « Donner le goût de lire » aux enfants a alors beaucoup d’importance puisqu’il s’agit d’un âge crucial dans l’apprentissage de la lecture et le développement ou non du «plaisir de lire ». Un sujet au cœur des préoccupations de beaucoup de parents, non ?

Alors, vous venez ? On vous attend…

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228 / L’importance de la gentillesse, en toute circonstance

Très absente ici car un tantinet débordée (5 enfants, trois boulots, la vie quoi…), je reviens pour partager une idée chère à mon petit cœur.

Professionnellement, j’ai inévitablement affaire à des gens adorables, charmants, pas très gentils ou carrément méprisants. Ces tempéraments existent partout et ignorent les classes sociales et les compétences intellectuelles ; la méchanceté ne fait pas grand cas des neurones. Bizarrement.

En tant que freelance, j’ai le privilège de décider de ne pas renouveler un partenariat avec quelqu’un qui aurait tiré sur la corde. C’est rarissime, mais ça m’arrive. L’an dernier notamment, j’ai bossé plusieurs mois au sein d’une grande équipe 2.0 formidable. Mais parmi les membres, il y avait une drôle de nénette. Une personne visiblement brillante intellectuellement mais totalement méprisante. Alors méprisable. J’ai mis les formes poliment à deux reprises avec elle et fini par expliquer que je ne souhaitais plus travailler avec elle. Je pensais me « griller » copieusement auprès de la direction mais j’ai préféré rompre avec cette ambiance de travail totalement contre-productive. Et puis je me suis aperçue que ladite nénette n’était pas très aimée de l’ensemble de l’équipe… Elle a donc naturellement disparu de tous les radars.

Au quotidien, je suis de ceux qui disent aux gens qu’ils aiment… qu’ils les aiment. Je ne sais pas si c’est tendance, vieux-jeu, démodé ou débile, moi je répète à mes enfants et à mon homme trente fois par jour que je les aime. Je le dis à mes amis et à ma mère. Je sais qu’ils le savent, mais ça me rassure de leur dire. (Alors bon, comme on n’est pas non plus chez Oui-Oui, il ne se passe pas une journée sans que mes enfants m’entendent vociférer comme un putois, menacer de partir seule sur Mars, mais ils savent que je les aime…)

Au boulot, quand une collaboration se passe bien (ce qui arrive très souvent), je ne manque pas non plus de le dire. Parce que c’est important. Pas pour l’égo. Pas pour les chevilles. Pour le cœur et l’âme. La gentillesse et la bienveillance, c’est toujours la bonne solution. On n’a pas besoin d’être méprisant, désagréable ou méchant. Je le dis à mes enfants tous les jours. On n’est pas d’accord sur tout, loin de là, mais on peut discuter, échanger et confronter nos opinions poliment. C’est parfois un sacré challenge tant ils grandissent. Nos mondes et nos valeurs s’opposent très souvent mais c’est sain tant qu’on se respecte. Ah, le voilà le petit mot mystère, ce bien précieux, ce petit trésor. Le respect… L’ado, cet être ultra sensible et auto-centré sur son nombril ne mesure pas toujours l’intérêt de nos échanges et supporte difficilement la contradiction mais je sais au fond que c’est ce qui forme et forgera son ouverture au monde, qu’il partagera demain sans nous, sans filtre.

Il y a quelques mois, on m’a confié une belle mission professionnelle. J’ai dû m’entourer d’une équipe que j’ai eu le privilège de constituer. Considérant que je connaissais et appréciais leurs valeurs professionnelles, je n’ai retenu que des gentils. Des qui ne grincent pas, des qui ne pinaillent pas pour tout et rien, des qui sont heureux de bosser. Je dors peu mais chaque jour je me réjouis de retrouver (virtuellement) cette joyeuse équipe ! Moralité, ils m’envoient régulièrement des mails du style « Je crois que j’ai fini, est-ce que je peux aider sur autre chose ? Que penses-tu si je proposais ci ou ça… ». On n’est pas amis, on travaille ensemble : on a chacun nos soucis, nos angoisses et nos priorités, mais au boulot, on reste aimable.

Hier, on m’a demandé « Comment tu fais ? On dirait que tout va toujours pour toi ? » J’ai bien failli m’étouffer car non, bien sûr, tout ne va pas toujours, je doute souvent, je dors peu et mal, j’ai des migraines infernales mais j’essaie d’épargner mes proches. Je ne fais pas semblant, je fais comme vous, je contourne, je prends sur moi, j’affiche un sourire et quand la cocotte déborde, je retourne ma chaise et je prends 5 mn pour faire les exercices de respiration recommandés par la sophrologue, je branche mes écouteurs, j’y mets ma playlist « bonne humeur » et je me répète ce mantra « Oublions ce qu’on a perdu, allons voir ce qu’on peut trouver… ».

227 / Parents d’ado : ni David, ni Goliath

Depuis deux-trois années, nous avons la chance inouïe d’héberger sous notre toit, non pas un, mais deux ados. (La vérité, on se régale !) Dans les faits, on fait un peu plus que les héberger. Comme on essaie d’être des parents potables, on offre, dans le désordre, le gîte et le couvert, les bisous et le linge propre, le soutien scolaire et les grasses mat’, et aussi un peu d’argent de poche. Faudrait pas qu’ils manquent de quoi que ce soit ! Moyennant quoi, bien sûr, eux nous délectent de leurs chambres en 3D, et nous offrent, suivant l’humeur, quelques tronches en biais autant que leurs éclats de rire, entrecoupés par les réponses aux snaps des potes. C’est qu’on a déjà des priorités à cet âge.

Bref, depuis plusieurs mois donc, on explore. On compte sur la parfaite orientation de la Lune et des astres pour nous aider mais on navigue pas mal… L’ado, cet être ultra-sensible, flotte aussi. Il cherche, semble-t-il, celui qu’il va choisir d’être et envisage la possibilité des multiples. Bref, il rame autant que nous.

Quand ils étaient petits, bébés, mignons, que tout ou presque était facile, je me plaisais à leur dire toi, tu décides pour tes doudous. Ton père et moi on s’occupe du reste. Autrement dit, et assez rapidement (disons à mesure que la tribu s’est agrandie, donc assez vite), ma patience a flanché. Concrètement, on a coupé court aux discussions sans fin. J’entends par là, untel aime la soupe, pas bidule. La mignonne mange les carottes râpées mais pas cuites, tandis que sa frangine raffole des poêlées de légumes. Dilemme ? NON. Hors de question de préparer sept menus différents, alors on a assez vite dégainé la phrase magique si tu as faim, tu manges… Non qu’on ait su éviter tous les drames, mais disons que nous avons réussi à établir un certain ordre des priorités. Pour autant, je le dis clairement : ici, c’est son et lumière. Rien d’instagrammable, pas de quoi fanfaronner auprès des copines, on fait toutes ce qu’on peut.

Mais l’ado a grandi, et comme dit la pub, il y a un cerveau sous le bonnet. L’enjeu a changé et les jolies barrières mises avec soin toutes ces années ont explosé les unes après les autres. On passe allègrement de la tendresse réciproque et complice à la crise de nerfs et au claquage de portes. Alors pour éviter l’irréparable, je m’interroge et j’essaie de me remettre en question pour lever les verrous. La règle n° 1, je le sais, serait d’éloigner la comparaison entre eux et nous. Je le sais notez bien… mais punaise que c’est dur d’éviter de regarder dans le rétroviseur et de ne pas leur dire tu sais que moi, à ton âge, je préparais à manger, ma chambre était rangée au carré, je faisais du baby-sitting tous les week-ends et je bossais comme une brutasse en cours ! Eh oui, il est devenu très très fragile l’équilibre. À force de chercher l’alpha et l’omega, on en perdrait même son latin… Alors j’essaie de passer à la règle n° 2, celle-là qui consiste à les laisser déployer leurs ailes sans faire péter mes galons de parent-qui-sait-déjà-tout. Je garde évidemment un regard toujours aimant mais vigilant pour leur permettre de vivre en grand, pour eux, la vie qu’ils se construisent. Je ne veux pas (et je peux pas, soyons honnêtes) être celle qui contraint toujours, qui surveille, qui oblige et même dirige. À eux de trouver la bonne distance avec les astres, la vraie vie et leurs envies. La trajectoire n’est pas tracée, elle est même souvent évanescente mais il va bien falloir accepter de laisser allumé le feu roulant de la vie pour qu’ils vivent leurs 1001 rêves et leurs 1001 vies.

Et à moi de trouver le bon recul, et d’envisager un trois fois sans frais pour un cœur de rechange. J’ai donc repris les entraînements à la piscine. Je nage pour laisser passer la vague…

« Le seul, le vrai, l’unique voyage, c’est de changer de regard. » Marcel Proust

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226 / Apprendre une leçon d’histoire au collège > un peu de méthodo

Ce week-end avec mes 2 mignonnes, on a ressorti les sandales à fleurs et les robes à paillettes (ou l’inverse je ne sais plus, ce soleil c’était l’ivresse totale)… Un 15 octobre, je vous le dis, Suzette, y a plus de saison ! J’ai même pris le temps de siroter un jus sur ma petite terrasse, en profitant de ces rayons sans nuage. Je me remettais à peine de l’uppercut provoqué par le film Detroit de Kathryn Bigelow (sur les émeutes raciales aux États-Unis l’été 67) (> Si vous ne m’avez pas vu, foncez.).

Et puis ma sœur m’a appelée. On a disserté longuement sur les différences de températures (on est de vraies intellos que voulez-vous) mais très vite elle m’a quand même dit, la petite a une interro en histoire mercredi, on y a passé plusieurs jours mais rien à faire, elle ne comprend pas ! Ça ne rentre pas. Tu peux pas l’aider ?
– Maintenant ?
– Bah oui, la semaine prochaine en fait il sera un peu tard… (#PasFaux)

Comment vous dire…

Quand j’étais en CM2, mon instituteur fermait les rideaux quand il se préparait à nous raconter l’Histoire… Il nous mettait dans l’ambiance, posait son mètre quatre-vingt-dix délicatement sur son bureau (si ça se trouve, il mesure 1,30 m, mais dans ma mémoire de gamine, il était grand, fort, et surtout, surtout, passionnant)…
Pas de livre ni de power point au mur mais je peux vous dire qu’on entendait les mouches voler tant ces récits nous abreuvaient. Quelques années plus tard, j’étais donc sur les bancs de la Fac, en Histoire. (Transmission tout ça…)
Si je raconte ça à ma petite nièce adorée, je doute que ça fasse avancer le schmilblick. J’aime toujours autant l’histoire, je suis le nez dedans depuis toujours grâce à mon boulot. J’ai donc, depuis, éprouvé quelques techniques pour que mes fils comprennent, apprennent et tant qu’à faire aiment (pas que pour la rime…) l’Histoire.

Dans ma grande bonté, je me suis dit que j’allais partager tout ça avec vous. Ce blog, c’est quand même aussi pour ça (> le partage). Vous suivez ? Pas de baguette magique ici non plus, juste quelques pistes qui pourront aider quelques-uns. Il y a probablement autant de façons d’apprendre une leçon que d’élèves, mais ces petits outils-là fonctionnent plutôt bien ici. Je vous épargne le topo sur le fait qu’il ne faut pas s’y prendre la veille pour le lendemain…

1/ Le contexte :
Primo, au collège, il faut apprendre les définitions et les mots de vocabulaire. Comment voulez-vous comprendre l’Occident féodal au XIIe siècle si vous ignorez le sens de « féodalité » et si les Capétiens ne vous évoquent rien ?

Pour schématiser, l’Histoire au collège, c’est une chronologie, des acteurs (personnages) et des lieux précis. Il faut être capable de situer les évènements pour les comprendre, dans le temps et dans l’espace.

2/ Il doit « connaître » les grandes lignes des personnages-clés : la vie de Charlemagne, son rôle… (Si c’est une leçon sur les Carolingiens. Parce que si la leçon porte sur l’urbanisation dans le monde, on s’en fiche un peu, en fait, du grand Charles…).

3/ Situer :
Grâce à mon meilleur ami Google, j’imprime une carte (ou je photocopie celle du livre). Je vire les noms propres (ou je les masque) et je lui demande de les replacer. (Action => réaction).

4/ Comprendre
Pour s’assurer que votre enfant a compris sa leçon et particulièrement si vous n’avez pas votre CAPES d’histoire, demandez-lui de vous « raconter » sa leçon. Comme vous n’y connaissez rien, posez-lui simplement des questions de bon sens. Il doit pouvoir y répondre… Mais pour l’aider à structurer sa pensée, orientez ses réponses :

  • Quel est le thème de sa leçon ? (la base…)
  • Quels sont les personnages-clés ?
  • Où cela se passe-t-il ? (parfois, ce sera une région : en Orient ; parfois, il faudra situer précisément > à Florence, si on parle de Michel-Ange par exemple)
  • Pourquoi ?
  • Comment ?

Je me souviens aussi qu’en 6e, le prof de mon fils demandait aux élèves d’imaginer 5 questions à poser sur le cours. Et d’y répondre. Au début, on était un peu sceptiques et puis finalement, c’est plutôt pas mal comme démarche :

  • Qu’est-ce qu’une seigneurie ?
  • Quelle est la place de l’église au Moyen-Âge ?
  • Qui est le seigneur ?
  • Comment exerce-t-il son autorité ?
  • Quels étaient les liens entre seigneurs et paysans ?

Autant de questions qu’on ne peut poser si on n’a pas relu attentivement son cours…

5/ L’aider à réciter (restituer ses connaissances)
Reprenez son cours (ou celui du manuel, ils sont très bien faits) et faites des phrases à trous : « C’est ??? qui pendant la bataille de ???? a permis aux ???? et aux ??? de ??? ».

6/ Pour réviser :
Je vous recommande à tous le site (ou l’appli) Kartable :

  • c’est gratuit…
  • il y a des cours et des quiz qui permettent de s’auto-évaluer
  • c’est apprendre différemment

Il y a plein d’autres sites et d’autres applis bien sûr. Mais pas besoin d’en utiliser 20 000. Le cours + le manuel, c’est normalement bien suffisant…

7/ Apprendre autrement :
Si rien ne rentre, il y a le cinéma  (Jeanne d’Arc, Germinal), les musées, les expos, les livres (les récits de chevaliers ne manquent pas, le roi Arthur, Robin des Bois…). Dans ce cas-là, bien sûr, c’est « romancé », il y a la mise en scène et la liberté du réalisateur ou de l’auteur mais ça peut vraiment aider à comprendre une époque.

Vous ne savez pas quoi faire pendant les vacances de la Toussaint ? Emmenez-les visiter le chantier médiéval du château de Guédelon, en Bourgogne. Bonheur garanti pour toute la famille ! Et si votre mignonne vous regarde l’un air désespéré et vous murmure «  J’aime pas l’histoire », redites-lui qu’elle est la mémoire de notre monde, qu’elle est vivante et qu’elle n’a pas de fin…

Et… bon courage !

PS > Si vous avez d’autres astuces, je suis preneuse.histoire.png