203 / Membre d’un jury littéraire…

 

The matin, nous avons délibéré ! And the winner is…

Mais avant de vous dévoiler le nom de notre coup de cœur, et puisque vous avez été assez nombreux à me demander comment tout ça s’est déroulé, je viens vous faire partager cette superbe aventure que j’ai eu la chance de partager avec quinze autres jurés.

À Chartres (où je vis), nous avons la chance d’avoir une magnifique librairie. Grande, belle, avec des libraires passionnés, j’y passe chaque semaine. Parfois simplement pour découvrir les nouveautés ou demander un conseil pour faire un cadeau…

J’ai toujours beaucoup lu mais honnêtement, cinq grossesses en neuf ans et des nuits particulièrement hachées m’avaient fait abandonner la lecture, pour un temps. Et à regret.

Pour autant, je continuais d’acheter des bouquins qui s’entassaient sur ma table de nuit…

Depuis deux ans mes nuits sont devenues particulièrement difficiles, alors plutôt que de compter les étoiles et sur les bons conseils d’une copine, je me suis remise à lire. Avec grand bonheur.

Aussi quand mi-janvier, en passant à la librairie j’ai vu un petit flyer proposant de participer au premier prix des lecteurs de l’Esperluette, sans vraiment réfléchir j’ai rempli le formulaire. Quelques jours plus tard, mes quinze co-jurés et moi recevions un mail nous expliquant que nous faisions donc partie de ce jury ! Les choses « sérieuses » allaient commencer. Les organisatrices avaient sélectionné huit livres, issus de la rentrée littéraire de septembre et de janvier, huit livres qui, au moment de leur sélection n’avaient pas encore été primés…

Deux exemplaires de chaque livre seraient mis gracieusement à notre disposition par la librairie, libre à nous de venir les prendre au fur et à mesure, dans l’ordre et au rythme qui nous conviendraient. Nous avions environ quatre mois pour les lire.

Pas de fiche à remplir, pas de résumé à faire. Lire simplement, et puis se rendre disponible un dimanche de la fin-mai, pour partager nos impressions tous ensemble.

Ce matin donc, à 10 heures, j’ai fait la connaissance de mes « collègues » de lecture. À aucun moment avant ce matin nous ne nous étions rencontrés. Et j’ai apprécié ce petit « secret » que nous étions seuls à connaître.

Pour ne pas être influencée, j’ai essayé au maximum de ne pas lire les articles liés à ces huit livres. J’ai même refusé d’aller à une rencontre avec un des auteurs cet hiver, alors qu’il était invité dans une librairie à quelques km à peine de notre lieu de vacances…

Voici donc la liste des livres sélectionnés :

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J’ai adoré sincèrement trois de ces huit livres. Pour être parfaitement honnête, je n’ai pas réussi à entrer dans l’univers de trois autres et les deux derniers me sont littéralement tombés des mains. Mais je suis ravie de tous les avoir lus !

Je les ai donc rangés par ordre de préférence et ne choisit de vous parler que de mes 3 coups de cœur.

Avant de « justifier » mes choix, je précise que sans cette « aventure », je n’aurais pas lu le livre de Jeanne Benameur. Je n’aurais alors malheureusement pas pleuré en lisant ses mots… La presse faisant grand écho du talent d’Olivier Bourdeaut, je pense que je l’aurais acheté. Quand à Patrick Tudoret, je me réjouis d’avoir « dû » le lire, tant ce livre m’a également bouleversée.

Ce matin, c’était passionnant de partager nos opinions, d’entendre les avis contraires, et d’en rire. Les débats étaient chaleureux, pleins d’envie, de contrastes et d’écoute. Nous étions donc seize jurés, 12 femmes et quatre hommes, tous curieux, tous conscients de notre chance.

* Le lauréat du Premier prix des lecteurs de l’Esperluette est donc, et je m’en réjouis puisque c’est également mon livre préféré parmi la sélection, « Otages intimes » de Jeanne Benameur.

Voici la 4e de couverture :

Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.

De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre depuis lequel il pourrait reprendre langue avec le monde.

Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, “la petite qui vient de loin”, devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.

Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ?

De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.

J’ai pourtant commencé ce livre à reculons. Un photographe de guerre libéré après été pris en otage…

Mais le talent de Jeanne Benameur, c’est son écriture fine et subtile. C’est la violence sous-entendue mais jamais décrite. Ce sont ces personnages, tous si attachants, si vivants malgré leurs souffrances. C’est le refuge si bien décrit dont le héros Étienne, a tant besoin. C’est le retour dans sa maison maternelle, la musique et les amis d’enfance, les souvenirs partagés, l’intime, la nature comme chemin vers une possible reconstruction. L’harmonie retrouvée. L’idée même d’un retour au bonheur, après l’indicible horreur. Les questions liées à la liberté, même quand on n’a (apparemment) pas de chaînes…

Il y a dans ce récit un fil qui se révèle doucement au fil des pages. Une façon si particulière d’évoquer le temps qui passe, qu’on ne rattrape pas mais qui, pour autant, ne se perd pas. Une obligation d’évoquer l’incidence de nos choix, conscients ou pas. Une humanité comme une évidence. Et qui en fait un livre vraiment à part, dont on referme les pages à regret. N’ayez pas peur, lisez ce livre, il n’est ni triste ni oppressant. Il n’est que beau.

* Je choisis de vous faire partager mes deux autres coups de cœur :

Que dire du premier livre bouleversant d’Olivier Bourdeaut, « En attendant Bojangles » ? C’est l’histoire d’un amour-fou. Un trio de doux dingues, un fils et ses parents, complètement fantasques, hors normes. Cette histoire loufoque, ce mélange de mélancolie et de poésie, de désespoir parfois, ce tourbillon d’amour à toutes les pages m’a émerveillée. J’ai adoré chaque page de ce livre. Et si c’était eux qui avaient raison…

Voici la 4e de couverture :

Sous le regard émerveillé de leur fils, ils dansent sur «Mr. Bojangles» de Nina Simone. Leur amour est magique, vertigineux, une fête perpétuelle. Chez eux, il n’y a de place que pour le plaisir, la fantaisie et les amis.
Celle qui donne le ton, qui mène le bal, c’est la mère, feu follet imprévisible et extravagant. C’est elle qui a adopté le quatrième membre de la famille, Mademoiselle Superfétatoire, un grand oiseau exotique qui déambule dans l’appartement. C’est elle qui n’a de cesse de les entraîner dans un tourbillon de poésie et de chimères.
Un jour, pourtant, elle va trop loin. Et père et fils feront tout pour éviter l’inéluctable, pour que la fête continue, coûte que coûte.
L’amour fou n’a jamais si bien porté son nom.

« Comment font les autres pour vivre sans mes parents ? » Olivier Bourdeault.

Tout est là…

 

* Une amie m’avait offert cet hiver mon troisième coup de cœur ! Je m’en réjouis parce que je vais donc pouvoir garder ce livre précieusement dans ma bibliothèque.

Patrick Tudoret est donc l’auteur de « L’homme qui fuyait le Nobel ».

Je ne suis pas certaine de réussir à décrire combien et pourquoi j’ai tant aimé ce livre. Pourtant ce livre est un bijou. Rien de moins. Là encore, une histoire d’amour fou…

Voici la 4e de couverture :

Tristan Talberg, écrivain reconnu, se voit décerner le prix Nobel. Mais… il n’en veut pas. Misanthrope, en deuil d’une épouse aimée, il est pris de panique devant le vacarme médiatique provoqué par le prix et décide de s’enfuir de Paris. Réfugié chez des amis, traqué par la police qui pense à un enlèvement et par une meute de journalistes en quête d’un scoop, il doit encore fuir vers des horizons dont il ignore tout. Sur la route de Compostelle, il retrouvera le goût de vivre.

Bouleversant et drôle à la fois, c’est le roman d’un amour fou où s’entrecroisent récit et lettres à une femme aimée.

C’est tellement beau ! Talberg nous attrape et nous quitte plus. On part avec lui vers Compostelle, on l’accompagne partout et tout le temps et on pleure en lisant les lettres qu’il adresse à Yseult, sa femme. C’est un livre qui fait du bien. Il parle d’amour avec puissance et c’est pour cette raison que je n’ai pas cherché à retenir mes larmes. Là encore, il est question de renaissance, de voyage vers Compostelle tout autant que de voyages « intérieurs », de foi et de grâce.

« Chez l’homme, toujours, cette fascination du gouffre, des abîmes, du mal. Oui, il est patent que le mal existe et qu’il se manifeste dans ce monde de façon obscène, mais son contrepoint est aussi à l’œuvre : ces millions d’êtres qui, chaque jour, religieux ou laïcs, croyants ou non croyants, vouent toutes leurs forces à ouvrir les vannes de ce fleuve d’aide et d’amour qu’on appelle pompeusement le Bien. Qui en parle ? » Patrick Tudoret

What else ?

Un immense merci aux deux organisatrices, à la librairie l’Esperluette qui nous a prêté les livres et aux débats passionnants qu’ils ont provoqués ce matin.

Je ne peux que vous encourager à essayer de participer vous aussi à une telle aventure. Comme vous le voyez, nul besoin de dérouler un CV à la Bernard Pivot. Ce matin, nous étions simplement seize lecteurs, seize gourmands, tous réunis par la magie de ces beaux livres.

Et vous ? Avez-vous lu ces livres ? N’hésitez pas à partager vos récents (ou pas d’ailleurs…) coups de cœur. Il y a forcément des pépites qui mériteraient d’être partagées…

À vous les studios !