215 / Les exigences des profs et les réponses des parents

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas, je voulais vous raconter une petite anecdote rigolote assez révélatrice…

Notre fils aîné, 15 ans, est au lycée depuis septembre, en 2de. Autant ses années de collège n’ont pas vraiment été un long fleuve tranquille, autant depuis la rentrée il semble vraiment bien. Je crois que le changement d’établissement (nouveaux copains et nouveaux profs) y est pour beaucoup. Ah, on me dit dans l’oreillette qu’il a mûri… Pas faux.

La semaine dernière, nous sommes allés avec mon homme à la réunion parents-profs. La fameuse réunion au cours de laquelle tu as un large créneau de 6 mn (véridique) par prof, et ne peux rencontrer que cinq profs maximum. Tout s’est très bien passé, les profs étaient agréables et disponibles… mais très en retard. Pas grave, j’avais missionné n° 2 (celui qui m’a vrillé les nerfs hier) > tu gères les douches, tu vérifies que les devoirs des petits (et les tiens…) sont faits et vous mettez le couvert. Pendant que vous y êtes, vous passerez également un coup d’aspirateur dans le salon et en rentrant on récitera ensemble un Je vous salue Marie. Nan, je déconne…

Nous avions RV à partir de 18h45. À presque 20h, alors que nous attendions dans le couloir avant de rencontrer le prof de Français, j’en ai profité pour papoter tranquillement avec les autres parents, accompagnés de leurs enfants (le nôtre a des priorités > il avait entraînement de foot !). Arrive la question qui fâche. Je leur demande :
– Alors dites-moi, vous l’avez bientôt terminé le Rouge et le Noir ?

Un ado me répond :
– Ah bah non ! Punaise, c’est long… Pis j’aime pas lire…

Explication > à la rentrée, le prof de Français a demandé aux élèves de lire Le Rouge et le Noir. En précisant qu’ils auront jusqu’à mars pour lire les 670 pages écrites en corps 4 (ok, 7) de Stendhal. Plus de six mois, on est quand même obligé de reconnaître que le prof est ultra sympa là, non ? Vous aviez six mois pour lire un bouquin au lycée, vous ? En discutant avec une maman donc, elle me dit « Oui je vais en parler avec le prof parce que bon, la lecture, faut que ça reste un plaisir. Mon fils a du mal avec ce bouquin, je ne peux pas le forcer quand même… »

Mais si bon sang ! Bien sûr que si ! Depuis quand « il faut que ça reste un plaisir ? » Qui a dit que les devoirs, ça devait rester sympa ? Déjà que nos ados sont majoritairement peu enclins à tra.va.iller, alors si nous, les parents, les adultes, on n’insiste pas un peu… On ne va pas se mentir, pourquoi faire ses exos de maths ou de SVT ça doit rester cool ? Et faire trois tours de stade en EPS, aussi ? Non. Les cours, c’est de temps en temps au moins j’espère, intéressant, voire passionnant, ça doit dépendre des matières et même surtout, des profs. Mais c’est sans doute aussi malheureusement, barbant, difficile, et même fatigant. So what ? Ils n’y vont plus ? On annule et on part faire l’école sur un bateau en navigant autour du monde ? Parce qu’on ne va quand même pas les contraindre à leur âge nos biquets ! Je suis la première à déplorer les faiblesses du système, le manque d’écoute et l’ignorance des solutions qui marchent. Mais si en Seconde, les enfants ET les parents discutent le choix d’un bouquin imposé par un prof de Français, qu’est-ce qu’ils vont faire adultes ? Quand un patron ou un client va leur demander de lire une synthèse pour faire un rapport, ils vont dire, bah là non, 240 pages… c’est beaucoup quand même, et pis j’aime pas lire ?!

C’est moi qui débloque ? Au collège, j’ai lu Germinal. Je n’ai pas aimé ce livre, mais je peux en parler. Je n’ai pas adoré Les Misérables non plus, et d’ailleurs mon prof et mes parents se fichaient complètement de mon avis sur Hugo. Ay lycée, ma prof de Français était dingo de Flaubert et de Proust. Alors je les ai lus. Et je suis ravie de l’avoir fait. J’ai aussi appris à tracer des cercles et à calculer des volumes, à faire des divisions et des équations. J’ai dû grimper en haut d’une corde et faire des matchs de hand. Tant mieux pour moi, j’ai toujours adoré le sport mais certaines de mes copines redoutaient ces séances-là. Pour autant, elles venaient. Nos parents ne disaient pas « reste donc à la maison mon trésor, le sport, faut que ça reste un plaisir quand même… ».

Quand les profs donnent trop de devoirs, panique à bord, les ados sont débordés et risquent le surmenage. Quand ils n’en donnent pas assez, on va en faire une génération de fainéants…

Alors je me demande > et si on laissait les profs faire leur boulot ? Et si on prenait le risque de leur faire un tout petit peu confiance ? Qu’est-ce que vous en pensez ?

 

P. S. : Cette photo n’a a priori aucun rapport. Ou peut-être que si, en regardant bien…
Passez tous un très bon week-end !

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© Colour your life

204 / L’école, le système et nos enfants…

Vous avez été assez nombreux à réagir en voyant mon bureau rangé le reportage sur BFM TV dans lequel j’apparaissais le mois dernier, alors plutôt que de vous répondre séparément en MP, je vais essayer d’être le plus claire possible ici (<= ok, j’ai un mois de retard…). Si, toutefois, j’oublie quelques points, ou que vous avez des questions, n’hésitez pas à poster des commentaires au bas de cet article, histoire que le plus grand nombre en profite.

Well… Tout a commencé quand, à peine sortie des bancs de la Fac, heureuse, la satisfaction d’un chouette parcours en poche et la curiosité toujours intacte, chevillée au corps, je m’apprêtais à devenir ethnologue… J’avais la vingtaine rêveuse.

Parcours classique dans une petite école de province. Des instits passionnés, passionnants. Mais surtout, bienveillants. J’y reviendrai…

Fin de CM2, je ne parlais pas un mot d’anglais, je ne savais pas davantage qui a peint la Joconde, mais je savais parfaitement lire, écrire et compter. Parfaitement ? Oui, du CM1 au CM2, mes instits nous donnaient comme « uniques » devoirs, chaque soir, un verbe à conjuguer (aux 4 temps simples ainsi qu’aux quatre temps composés) + 4 opérations (une addition, une soustraction, une multiplication et une division). Chaque soir, donc. J’y passais une heure.

Quand ma mère rentrait le soir, elle passait la tête dans notre chambre, nous demandait si nous avions fait nos devoirs. On avait intérêt à répondre par l’affirmative, et il valait mieux que ce soit vrai…

Au collège ? La suite, sur un rythme plus intense forcément. Découverte de l’anglais en 6e (Where is Brian ? Brian is in the Kitchen !) On n’avait pas de replay en VO, pas d’applis fabuleuses pour réviser, on avait nos cours, rien que nos cours. J’ai poursuivi l’anglais jusqu’à la Fac d’ailleurs. Je ne suis pas totally bilingual mais je peux parler d’à peu près n’importe quoi à n’importe qui, pourvu que ce n’importe qui ne parle pas trop vite. Avec mes copines, on bossait assez dur au collège. Je me souviens des rédactions et des fiches de lecture à rendre très régulièrement. Des livres à lire donc. On ne bronchait pas parce qu’une fois de plus, les profs étaient vraiment au top. Et quand bien même j’ai envie de vous dire, il ne nous serait pas venu à l’idée d’aller dire à nos parents le prof donne trop de devoirs, il n’est pas sympa, il met 3 semaines à rendre nos copies corrigées… On n’avait pas à discuter. On allait en cours, on travaillait…

Pour autant, de mémoire, il y avait chaque année, un, peut-être deux élèves en difficulté. Collège pour tous mi amor, mais pas lycée pour tous… alors quelques-uns ont arrêté l’école en fin de 3e, s’orientant vers ce qu’on appelait déjà la voie professionnelle.

Au collège donc, les profs ont « ouvert » nos cerveaux, nous apprenant à étudier, disséquer des textes, des documents, découvrir des auteurs, et à t.r.a.v.a.i.l.l.e.r en autonomie… Oui, parce que ça s’apprend. Faire et refaire, suivre l’exemple et apprendre aussi à travailler en binôme. Déjà. J’ai adoré cette période. Honnêtement, les cases étaient confortables, pas très étroites alors je rentrais dedans sans problème.

Là, mes biquets, je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent malheureusement pas connaître > j’ai 45 ans. On avait tous un sac US sur l’épaule et c’est d’ailleurs  la seule marque dont je me souvienne… Pas de baskets Nike ni de blousons Abercrombie. Zéro maquillage avant le lycée. Nada. Pas de portes qui claquent à la maison, on avait la rébellion silencieuse…

Je faisais déjà beaucoup de danse et le sport a toujours été pour nous une magnifique soupape. De l’oxygène nécessaire.

Au lycée, c’était beaucoup moins fun, on était très nombreux. J’étais dans un « gros » lycée, mais je me souviens malgré tout de l’attention de nos profs. Pas tous, pas tout le temps, mais globalement, en cas de besoin, on savait trouver une oreille attentive. Faut dire aussi qu’on entendait les mouches voler en classe.

Pas de :

  • Eh m’dame, vous avez une nouvelle robe ou quoi ?

Ni de :

  • Bah ouais, j’ai pas fait mes exos parce que j’avais piscine…

Aujourd’hui, je suis la mère d’une portée de cinq, mon aîné ayant 14 ans, cela fait onze ans maintenant que je vois le système scolaire de l’autre côté du miroir, du côté obscur de la force…

Et que je déchante. Sérieusement.

Pour situer clairement mes problèmes préoccupations, l’aîné est en 3e, n° 2 en 5e, n° 3 en CE2, n° 4 au CP et n° 5 en moyenne section.

La Maternelle, temps béni où seuls les problèmes récurrents de poux apportent un peu d’ombre au tableau presque parfait. L’organisation parentale étant minimale, le niveau de contrainte est plutôt très agréable, donc gérable > pas de devoirs, pas de sac de sport à préparer. Ouf !

De l’absentéisme des profs, mes enfants n’en ont jamais souffert. Ni en maternelle, ni en primaire et encore moins au collège. Je peux dire sans mentir que mon fils aîné a dû aller au maximum 2 fois une heure en perm pour absence de prof en quatre ans. Dans son collège, les profs ont pourtant des gastros et des rhumes, des enfants malades et des burn-out, mais ils sont remplacés aussitôt. Je ne sais pas comment le proviseur et son équipe s’organisent pour gérer tout ça, mais chapeau-bas, ils y arrivent. (Quand ça va, c’est bien de le dire aussi, non ? Parce que tout ne va pas. J’y reviendrai…)

Depuis qu’il est à l’école, n° 1 a ce qu’on va appeler poliment des problèmes d’organisation… Ça frôle souvent le foutage de gueule mais force est de constater qu’il en souffre. Je parle sous le contrôle de Maître Dolto, je pense qu’il ne le fait pas exprès… Il me vrille les nerfs, provoque pas mal de mes insomnies, mais, il s’améliore. Il n’a perdu que deux fois sa trousse cette année, n’a oublié que quatre fois ses affaires de sport, et 8 fois sa carte de cantine…

En grande section, sa maîtresse nous a convoqués tous les mois :

  • Je voulais vous voir parce que n° 1 écrit très mal…
  • Et…
  • Faudrait l’emmener chez un graphologue, ou lui faire faire un bilan chez un orthophoniste, ou peut-être un psy. Enfin vous voyez quoi…
  • Pardon je ne vois pas. Est-ce qu’il a des problèmes de compréhension selon vous ? Est-ce que ce n’est pas à vous de corriger son geste ? Enfin vous voyez quoi…

Tous les mois, j’ai eu droit à :

  • Regardez, je vous montre les dessins de la petite Pauline, ils sont beaux, appliqués, c’est chouette non ? Et regardez ceux de votre fils, franchement…
  • Franchement, mon fils est nul en dessin. OK. Personnellement, pardon hein, mais je me fiche totalement…

Elle a fini par me dire :

  • J’ai compris en fait, il est l’aîné de la fratrie, c’est un garçon (belle observation), il est gaucher, né en fin d’année, bon bah voilà, tout s’explique.

Voilà, voilà.

En CP, il a eu la chance d’avoir une instit formidable. Une qui a su comprendre qu’il lui fallait un peu plus de temps que les autres, qu’il était plus lent, moins concentré sans doute mais qui ne l’a jamais traité comme quelqu’un de mois fort, de moins courageux, de moins travailleur… Différent sans doute, mais ne le sont-ils pas tous ?

Quel enseignant peut dire aujourd’hui, dans ma classe de 30, j’en ai 20 qui roulent super vite ?

Que fait-on quand on a un enfant comme mon fils qui sait faire du vélo sans roulette à 3 ans, qui sait nager sans brassards au même âge, qui grimpe aux arbres et qui dévore les livres mais qui s’ennuie 6 longues heures par jour à l’école ?

Qu’est-ce qu’on leur propose ? Et à nous, parents, qu’est-ce qu’on propose ? Depuis 10 ans j’entends :

  • Faut qu’il se réveille, faudrait qu’il travaille davantage, qu’il participe…

Mais il ne le fera pas. Participer ? Il a trop peur de dire une bêtise, que ses copains se moquent de lui…

L’an dernier, un de ses profs m’a dit :

  • Il est mou quand même, ce serait bien peut-être qu’il fasse un peu de sport, non ?
  • Mon fils s’entraîne 6 jours sur 7 à la piscine, il nage 6 km par jour… Je pense qu’il fait assez de sport, non ?
  • Ah… mais je ne savais pas.
  • Mais c’est normal que vous ne le sachiez pas. En fait. Vous n’êtes pas censé connaître les activités de tous vos élèves et je vous blâme absolument pas. J’apprécierais juste qu’on arrête de coller des étiquettes sur le front des mômes au prétexte qu’ils ont l’air comme ci, et pas comme ça…

Pour que les choses soient parfaitement claires, ce ne sont pas les profs que je critique. Il y a toujours eu des profs extras, d’autres totalement nuls, de même qu’il existe des boulangers au top et d’autres qui feraient bien de rendre le tablier…

Non, ce n’est eux le problème, c’est malheureusement bien pire, ce qui ne va plus du tout, à mon sens, c’est le système. Vaste problème me direz-vous. Oui, très très vaste même.

Ce qui cloche, c’est qu’on a perdu toute notion de bienveillance, que les programmes ne sont pas du tout adaptés. (Et là, je sais vraiment de quoi je parle, je les mets en pages à longueur de journée depuis 20 ans…)

« On » continue à faire les programmes et les manuels comme il y a 20 ans… Or il y a un gouffre entre ma génération et celles de nos enfants. Un gouffre abyssal… Non pas qu’ils soient moins intelligents, ni moins travailleurs.

Différents.

D’ailleurs, je pense sincèrement que nos mômes sont la dernière génération à aller en cours presque sans broncher malgré l’ennui qui les accable, 6 longues heures par jour. Je suis convaincue que si rien ne change, si « on » ne s’adapte pas à eux, les prochains n’iront plus. Ils refuseront d’aller avaler des cours à ce point sans motivation.

La solution ? Je ne l’ai pas. Par contre, j’ai des yeux, et plus encore, des oreilles. Que celui dont le fils ou la fille, tous âges confondus, rentre épanoui le soir, content, avec le sentiment d’avoir passé une chouette journée me fasse signe et chérisse sa chance.

J’en ai 5. Tous les soirs je leur demande :

  • Ça va ma douce/mon trésor ? Tu as passé une bonne journée ?
  • C’était trop long, je me suis ennuyé(e)…

Je ne crois pas faire exception. Les miens ne sont pas super fortiches, certains sont plus travailleurs que d’autres, mais TOUS s’ennuient. Et pourtant, je vois bien que les profs (certains plus que d’autres, on ne va pas se mentir…) ont vraiment du cœur à l’ouvrage, sont motivés, passionnés. Alors quoi ?

Je vois des initiatives un peu partout, des clases inversées, les Mooc, les cours en ligne, du soutien sur Skype… Quand est-ce qu’on va arrêter de nous les visser 6 longues heures sur des chaises ? À quel moment on va leur permettre de s’exprimer, se lever, faire plus de sport, du yoga ?

Pourquoi faut-il aller en Norvège ou en Islande pour voir des élèves souriants et épanouis en classe ? Ah mais oui mais ils ont beaucoup moins d’heures de cours hebdomadaires… Et de fait, moins de vacances ! Et nous ? Quand va-t-on enfin privilégier les rythmes (et la santé) de nos enfants ? Qui aura le courage de donner un énorme coup de pied dans la fourmilière et envoyer valser tous ces paradigmes qui ne fonctionnent plus ? Qui (bordel !)  ? Qui va ENFIN réformer notre école ?

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Arghhh zut, mille excuses, je dois vous laisser pour aujourd’hui… Une urgence à régler. Je vais aller calmer mes petits nerfs déjà bien pelotonnés et je reviendrai terminer cet article… disons demain.

Mais en attendant, si vous avez des questions, suggestions, commentaires…, n’hésitez pas !