230 / La mère de l’ado. En 10 points

C’est fou comme les mères d’ado(s) ont ce je-ne-sais-quoi en commun… Les parents d’ado(s) forment, c’est certain, une sorte de confrérie sourde, un ensemble qui ne se retrouve plus désormais auprès des bacs à sable, mais qui se reconnaît très facilement : lors d’une soirée par exemple, on se regarde, on jette un œil discret au machin d’un mètre 80 qui se tient à l’écart, tronche en biais et portable à la main et… on se comprend. Mieux, on compatit !

L’an dernier, à la même époque, j’avais rédigé un petit billet sur l’ado et ses quelques caractéristiques bien reloues. Comme je suis globalement pour le principe d’égalité, voici cette fois nos petites spécificités. Celles qui font qu’on compte les jours en se disant que punaise, on en rira dans dix ans… Ou même un peu avant pour les plus chanceuses !

Pour les besoins de la narration, je suis repartie en zone de turbulences. Ça ne mérite toujours pas le Prix Albert Londres, mais ça vous évitera peut-être deux-trois séances chez le marabout du coin. (Parce que le trois fois sans frais chez le psy, on a déjà donné.)

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Véritable athlète, la mère de l’ado se prépare chaque jour à affronter les épreuves combinées du décathlon : aucune discipline ne ressemble à une autre mais elle maîtrise les courses, les sauts et les lancers. Ses performances sont très rarement récompensées (à peine remarquées) pourtant sur l’échelle de la fatigue, elle a atteint le maximum de points…

Le karma, cet enfoiré ! La mère de l’ado a l’habitude des soirées Fast food and furious… Entre les portes qui claquent et les airs désabusés, elle sait que chaque jour qui passe sans avoir menacé sa descendance de retourner sa chambre est un jour gagné ! (Celles qui savent, savent…).

PNC aux portes. Absolument pas parano, celle qui héberge son ado vit avec le téléphone vissé au bout du bras, qu’elle vérifie nerveusement (toutes les 23 secondes, en moyenne) en attendant une réponse. 21h18, elle a déjà envoyé 34 messages, « Ça va, tu es bien arrivé(e) ? Pas d’alcool, hein, promis ? Margaux est bien avec toi ? Simon aussi ? Tu promets ? Tu m’appelles si tu veux que je vienne te chercher ? Hein ? Dis ? Tu as bien reçu mon message tout à l’heure ? T’as pas répondu mais ça va, t’es sûre ? Je t’aime. » Intérieur nuit / extérieur jour, la mère de l’ado, veille.

Réflexe pavlovien, dès que le nom du lycée s’affiche sur le téléphone, elle se mord la lèvre, enchaîne les exercices de respiration abdominale et décroche, prête au pire… En moins de 10 secondes, elle imagine la liste et se prépare à entendre que son teenager :

  • est viré
  • a été surpris en train de fumer dans les toilettes
  • vient d’être emmené d’urgence à l’hôpital

Elle se demande alors pourquoi elle n’a jamais envisagé que ce simple coup de fil puisse lui annoncer que son jouvenceau allait recevoir la médaille du mérite. Allez comprendre…

Entre oripeaux de la jeune mère et peau, quelques années plus tard, un chouia usée, être mère d’un(e) ado c’est se débattre, se heurter et chercher inévitablement à comprendre le fruit de ses entrailles. Pour autant, si l’adolescence est une période de changements radicaux, à le voir nous observer de la tête aux pieds, le regard vaguement désespéré et l’entendre nous dire « T’as pas grossi un peu m’man ? », il nous arrive d’envisager sérieusement de l’enfermer dans sa chambre. Ce qui lui donnerait l’occasion de réfléchir à nouveau au sens des mots « respect » et « tolérance » mais aussi, pourquoi pas, de constater qu’un rangement complet de ce qui lui sert de chambre est devenu, il faut bien l’avouer, nécessaire.

La taille du nombril de l’ado étant inversement proportionnelle à celle de son cerveau, il exprime son besoin urgent, absolument vital d’un Iphone X et des pompes dernier-cri environ quinze fois par jour… Sa mère, elle, se satisfait de quelques clics sur Sarenza et Sephora. (Se reporter au point ci-dessus : oui, elle a un peu grossi, non, elle n’est pas susceptible…)

Pour maintenir des échanges familiaux riches et harmonieux quand on abrite un ado, mieux vaut suivre des cours de yoga le lundi midi. On sacrifie certes sa pause déj’ mais on en sent les bénéfices dès le soir. Pour autant, nager 2 km tous les mercredis et envisager la marche nordique le dimanche n’est pas totalement inutile. Pour la bonne cause…

Trois mots ont tambouriné sans relâche à la porte de nos nuits sans sommeil : « divorce » – « infanticide » – « Temesta ». Mais des mois de pratique intensive de la méditation de pleine conscience nous auront permis d’éviter haut la main d’avoir recours désormais à de telles pensées sombres. Peine perdue, joie retrouvée !

Pour preuve, c’est désormais :

  • Fais comme tu veux ma chérie…  (en pensant très fort, « Moi, je l’ai eu mon Bac, et du premier coup !).
  • Il me semble que ça n’est pas tout à fait exact mais je peux me tromper…  (On a dit, pas d’opposition frontale !)

Less is more. Tandis que l’ado prolonge nonchalamment sa nuit, maman se réserve désormais un doux créneau le samedi, généralement de 10h à 15h. La terre peut s’arrêter de tourner, l’eau de ruisseler et le CAC 40 dégringoler aussi vite, maman n’est là pour personne… Sans rien programmer, elle adapte chaque semaine ce moment merveilleux et en profite pour faire du shopping avec ses copines, aller chez le coiffeur, bouquiner tranquillos au fond de son lit, jardiner seule, ou rouler fenêtre ouverte et cheveux au vent en écoutant ses tubes préférés. Décharge mentale en mode « on ». Très, très efficace.

Ça veut dire beaucoup. On a survécu aux contractions, au régime sans sel et sans sucre pendant la grossesse, aux douleurs de l’accouchement, aux vergetures, aux crevasses, au baby-blues, aux nuits de merde, au terrible-two, aux poux, au harcèlement à l’école et aux disputes entre frères alors autant vous dire que ces quelques mois (ok, ça se compte en années…) ne vont pas (plus) (presque plus…) entamer notre joie de vivre et nos projets de famille unie. Parce qu’avoir un(e) ado, c’est un matin se surprendre à regarder son aîné, le trouver rudement beau et être fière de celui qu’il devient. C’est le laisser déployer ses ailes et découvrir, sans nous, ses envies et ses besoins, c’est trouver le recul nécessaire pour qu’il vive en grand, en tendre et en sincère, et qu’il construise sereinement l’adulte qu’il sera demain, c’est privilégier l’alignement des planètes pour lui éviter le pire, c’est croire au merveilleux, le voir et se dire que finalement, on a plutôt bien réussi.

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Edit :

Pour ma plus grande joie, ce billet a été partagé sur Le Huffington Post et sur Elle.fr

228 / L’importance de la gentillesse, en toute circonstance

Très absente ici car un tantinet débordée (5 enfants, trois boulots, la vie quoi…), je reviens pour partager une idée chère à mon petit cœur.

Professionnellement, j’ai inévitablement affaire à des gens adorables, charmants, pas très gentils ou carrément méprisants. Ces tempéraments existent partout et ignorent les classes sociales et les compétences intellectuelles ; la méchanceté ne fait pas grand cas des neurones. Bizarrement.

En tant que freelance, j’ai le privilège de décider de ne pas renouveler un partenariat avec quelqu’un qui aurait tiré sur la corde. C’est rarissime, mais ça m’arrive. L’an dernier notamment, j’ai bossé plusieurs mois au sein d’une grande équipe 2.0 formidable. Mais parmi les membres, il y avait une drôle de nénette. Une personne visiblement brillante intellectuellement mais totalement méprisante. Alors méprisable. J’ai mis les formes poliment à deux reprises avec elle et fini par expliquer que je ne souhaitais plus travailler avec elle. Je pensais me « griller » copieusement auprès de la direction mais j’ai préféré rompre avec cette ambiance de travail totalement contre-productive. Et puis je me suis aperçue que ladite nénette n’était pas très aimée de l’ensemble de l’équipe… Elle a donc naturellement disparu de tous les radars.

Au quotidien, je suis de ceux qui disent aux gens qu’ils aiment… qu’ils les aiment. Je ne sais pas si c’est tendance, vieux-jeu, démodé ou débile, moi je répète à mes enfants et à mon homme trente fois par jour que je les aime. Je le dis à mes amis et à ma mère. Je sais qu’ils le savent, mais ça me rassure de leur dire. (Alors bon, comme on n’est pas non plus chez Oui-Oui, il ne se passe pas une journée sans que mes enfants m’entendent vociférer comme un putois, menacer de partir seule sur Mars, mais ils savent que je les aime…)

Au boulot, quand une collaboration se passe bien (ce qui arrive très souvent), je ne manque pas non plus de le dire. Parce que c’est important. Pas pour l’égo. Pas pour les chevilles. Pour le cœur et l’âme. La gentillesse et la bienveillance, c’est toujours la bonne solution. On n’a pas besoin d’être méprisant, désagréable ou méchant. Je le dis à mes enfants tous les jours. On n’est pas d’accord sur tout, loin de là, mais on peut discuter, échanger et confronter nos opinions poliment. C’est parfois un sacré challenge tant ils grandissent. Nos mondes et nos valeurs s’opposent très souvent mais c’est sain tant qu’on se respecte. Ah, le voilà le petit mot mystère, ce bien précieux, ce petit trésor. Le respect… L’ado, cet être ultra sensible et auto-centré sur son nombril ne mesure pas toujours l’intérêt de nos échanges et supporte difficilement la contradiction mais je sais au fond que c’est ce qui forme et forgera son ouverture au monde, qu’il partagera demain sans nous, sans filtre.

Il y a quelques mois, on m’a confié une belle mission professionnelle. J’ai dû m’entourer d’une équipe que j’ai eu le privilège de constituer. Considérant que je connaissais et appréciais leurs valeurs professionnelles, je n’ai retenu que des gentils. Des qui ne grincent pas, des qui ne pinaillent pas pour tout et rien, des qui sont heureux de bosser. Je dors peu mais chaque jour je me réjouis de retrouver (virtuellement) cette joyeuse équipe ! Moralité, ils m’envoient régulièrement des mails du style « Je crois que j’ai fini, est-ce que je peux aider sur autre chose ? Que penses-tu si je proposais ci ou ça… ». On n’est pas amis, on travaille ensemble : on a chacun nos soucis, nos angoisses et nos priorités, mais au boulot, on reste aimable.

Hier, on m’a demandé « Comment tu fais ? On dirait que tout va toujours pour toi ? » J’ai bien failli m’étouffer car non, bien sûr, tout ne va pas toujours, je doute souvent, je dors peu et mal, j’ai des migraines infernales mais j’essaie d’épargner mes proches. Je ne fais pas semblant, je fais comme vous, je contourne, je prends sur moi, j’affiche un sourire et quand la cocotte déborde, je retourne ma chaise et je prends 5 mn pour faire les exercices de respiration recommandés par la sophrologue, je branche mes écouteurs, j’y mets ma playlist « bonne humeur » et je me répète ce mantra « Oublions ce qu’on a perdu, allons voir ce qu’on peut trouver… ».

227 / Parents d’ado : ni David, ni Goliath

Depuis deux-trois années, nous avons la chance inouïe d’héberger sous notre toit, non pas un, mais deux ados. (La vérité, on se régale !) Dans les faits, on fait un peu plus que les héberger. Comme on essaie d’être des parents potables, on offre, dans le désordre, le gîte et le couvert, les bisous et le linge propre, le soutien scolaire et les grasses mat’, et aussi un peu d’argent de poche. Faudrait pas qu’ils manquent de quoi que ce soit ! Moyennant quoi, bien sûr, eux nous délectent de leurs chambres en 3D, et nous offrent, suivant l’humeur, quelques tronches en biais autant que leurs éclats de rire, entrecoupés par les réponses aux snaps des potes. C’est qu’on a déjà des priorités à cet âge.

Bref, depuis plusieurs mois donc, on explore. On compte sur la parfaite orientation de la Lune et des astres pour nous aider mais on navigue pas mal… L’ado, cet être ultra-sensible, flotte aussi. Il cherche, semble-t-il, celui qu’il va choisir d’être et envisage la possibilité des multiples. Bref, il rame autant que nous.

Quand ils étaient petits, bébés, mignons, que tout ou presque était facile, je me plaisais à leur dire toi, tu décides pour tes doudous. Ton père et moi on s’occupe du reste. Autrement dit, et assez rapidement (disons à mesure que la tribu s’est agrandie, donc assez vite), ma patience a flanché. Concrètement, on a coupé court aux discussions sans fin. J’entends par là, untel aime la soupe, pas bidule. La mignonne mange les carottes râpées mais pas cuites, tandis que sa frangine raffole des poêlées de légumes. Dilemme ? NON. Hors de question de préparer sept menus différents, alors on a assez vite dégainé la phrase magique si tu as faim, tu manges… Non qu’on ait su éviter tous les drames, mais disons que nous avons réussi à établir un certain ordre des priorités. Pour autant, je le dis clairement : ici, c’est son et lumière. Rien d’instagrammable, pas de quoi fanfaronner auprès des copines, on fait toutes ce qu’on peut.

Mais l’ado a grandi, et comme dit la pub, il y a un cerveau sous le bonnet. L’enjeu a changé et les jolies barrières mises avec soin toutes ces années ont explosé les unes après les autres. On passe allègrement de la tendresse réciproque et complice à la crise de nerfs et au claquage de portes. Alors pour éviter l’irréparable, je m’interroge et j’essaie de me remettre en question pour lever les verrous. La règle n° 1, je le sais, serait d’éloigner la comparaison entre eux et nous. Je le sais notez bien… mais punaise que c’est dur d’éviter de regarder dans le rétroviseur et de ne pas leur dire tu sais que moi, à ton âge, je préparais à manger, ma chambre était rangée au carré, je faisais du baby-sitting tous les week-ends et je bossais comme une brutasse en cours ! Eh oui, il est devenu très très fragile l’équilibre. À force de chercher l’alpha et l’omega, on en perdrait même son latin… Alors j’essaie de passer à la règle n° 2, celle-là qui consiste à les laisser déployer leurs ailes sans faire péter mes galons de parent-qui-sait-déjà-tout. Je garde évidemment un regard toujours aimant mais vigilant pour leur permettre de vivre en grand, pour eux, la vie qu’ils se construisent. Je ne veux pas (et je peux pas, soyons honnêtes) être celle qui contraint toujours, qui surveille, qui oblige et même dirige. À eux de trouver la bonne distance avec les astres, la vraie vie et leurs envies. La trajectoire n’est pas tracée, elle est même souvent évanescente mais il va bien falloir accepter de laisser allumé le feu roulant de la vie pour qu’ils vivent leurs 1001 rêves et leurs 1001 vies.

Et à moi de trouver le bon recul, et d’envisager un trois fois sans frais pour un cœur de rechange. J’ai donc repris les entraînements à la piscine. Je nage pour laisser passer la vague…

« Le seul, le vrai, l’unique voyage, c’est de changer de regard. » Marcel Proust

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220/ Des nouvelles neuves

À défaut d’être une blogueuse prolixe, franchement, avouez, j’ai un humour tordant, non ? Des nouvelles neuves, là, je fais fort ! Passons. Car puisque vous me demandez comment ça va, je vais vous raconter… En fait, je m’apprêtais à intituler ce billet Fucking juin mais je n’ai pas voulu choquer vos pupilles délicates. Pourtant, hein, il fut terrible ce mois de juin-là. Entre les 12 000 anniversaires (mais est-ce que tous les gosses sont nés en juin ? Je vais réclamer des stats à l’INSEE), donc entre tous les annivs, les spectacles de danse de n° 4, les compéts des garçons et la kermesse dimanche prochain en bouquet final, j’ai bien failli ne pas m’en remettre.

Ah, on me dit dans l’oreillette que mes migraines ont largement participé à plomber l’ambiance. Pas faux. Vous le savez, ou pas, je suis migraineuse depuis… toujours. Depuis 2 ans, le rythme s’est anormalement accéléré et depuis 2 mois, bah depuis 2 mois c’est juste l’enfer. Je cherche un mot moins violent, parce que je ne suis pas du genre chochotte mais j’avoue, j’y ai laissé mon énergie, ma force et une partie de mon sourire. Et quelques kilos aussi. Parce qu’à force de vomir, on y perd des plumes (oui, je préfère cette image au vomito…) (Je respecte mon lectorat…) La super bonne nouvelle du jour c’est qu’il semblerait que j’aie rencontré hier mon sauveur. Rien que ça. J’ai consulté au centre anti-douleurs, ici, à Chartres, la crème de la crème, le spécialiste des migraines, le boss, le Doug Ross de la caboche (en une petite ligne, je viens de me griller avec les moins de 25 ans…). Enfin un médecin qui ne me prend ni pour une dingue, ni pour une pauvre fille et qui ne me dit pas d’augmenter le Doliprane… J’ai donc un nouveau traitement de fond, une IRM à passer quand même histoire d’écarter une autre saloperie et un petit conseil du spécialiste au passage > « Savez-vous que parfois, le corps adresse quelques messages à une tête qui refuse de se mettre sur off ? Vous feriez bien de lever le pied, sans attendre », m’a dit-il gentiment dit… Alors vous savez quoi, au lieu de compter les jours jusqu’aux vacances, je vais gentiment et poliment refuser un peu de boulot, re-re-re-dire à la tribu que j’ai besoin de leur aide, tenter de dormir davantage et souffler. Pour de bon.

À part ça, il va falloir que je vous raconte comment mon fils de 15 ans a fait un stage absolument fabuleux début juin et qu’il est passé sur les ondes… Je reviendrai d’ailleurs vous faire un petit billet sur l’importance et l’utilité des stages pour nos ados (en 3e, c’est obligatoire, au lycée de n° 1, c’est fortement encouragé en fin de 2de). Ça vous dit ? Je vous donnerai au passage quelques pistes/tuyaux/infos pour que l’ado ne serve pas le café mais se coltine à la réalité en touchant du doigt un métier qui semble l’intéresser… Parce que c’est le but. Les confronter à la vraie vie…

En attendant, il va falloir que je me prépare psychologiquement à l’autre nouvelle de la semaine > dans quelques jours, ma petite mignonne, ma dernière, mon rayon de soleil va quitter la Maternelle. Ce qui veut dire que ce sera pour moi la fin des kilos de dessins à récupérer tous les soirs dans son sac, la fin des colliers en plumes, en coton et autres merveilles, et elle va, en septembre, rencontrer celle qui va lui ouvrir la maison où l’on rêve, l’endroit où on peut se réfugier, une source inépuisable de partages et d’aventures : les livres…

À vous les studios.

 

219 / Ma charge mentale

Comme vous toutes probablement, j’ai lu pas mal d’articles la semaine dernière à propos de la charge mentale, ce syndrome des femmes épuisées. Ce ras-le-bol, ce break-down que connaissent toutes les femmes (pas seulement les mères d’ailleurs) qui réussissent à faire tenir trois journées dans une, à jongler entre vie pro et vie perso, tout en essayant de rester coquette, avec les ongles joliment vernis et le sourire de façade qui va toujours bien.

À l’image du billet fort intéressant de Quatre enfants, j’ai voulu lister ma charge mentale de la semaine passée, histoire de poser ici tout ce que beaucoup (d’hommes, soyons clairs) n’imaginent même pas. Parce que tous les hommes que je connais bossent. Ils ont des enfants mais rentrent tard. Oh zut, pas le temps pour eux malheureusement de gérer les devoirs, les douches et les repas. Juste celui de se glisser les pieds sous la table et d’aller embrasser leur(s) merveille(s)…

Le mien travaille avec moi, j’ai la chance inouïe de l’avoir à mes côtés. Il sait donc, puisqu’il voit. Il fait les courses (alléluia) mais, je gère les allers-retours à l’école, les devoirs, les mots aux instits, les anniversaires chez les copains, les anniversaires à la maison, les inscriptions sport/musique…, les repas, les bagarres dignes d’un conflit palestinien, les gueulantes, les couchers, les histoires et les très très rares cauchemars…

La semaine passée donc, j’ai dû :

  • penser à l’anniversaire de ma blonde (cadeaux, gâteaux, repas de fête)
  • relancer l’entreprise qui va accueillir n° 1 pour son stage en juin
  • répondre au prof de la section-rugby pour l’inscription de n° 2 l’an prochain
  • penser à la répétition de ma blonde pour son spectacle de fin d’année
  • acheter des fiches Bristol pour n° 1
  • acheter le livre demandé par la maîtresse de n° 3
  • prendre RV chez le dermato pour n° 2
  • échanger 12 000 mails avec ma comptable pour le (fucking) bilan
  • annuler un déj avec une copine (rapport à mon bilan qui n’avançait pas…)
  • prendre rendez-vous avec notre merveilleuse coiffeuse à domicile pour les enfants et mon homme (j’ai quant à moi, résolu le problème, je vais le coiffeur tous les 5 ans, je gagne un temps fou !)
  • filer à la papèterie en urgence pour acheter une feuille A2 pour l’exposé de n° 3
  • aider n° 3 à faire son exposé donc…

S’il n’est pas spécialement question ici de se plaindre, ni de détailler le travail de fourmis que nous accomplissons toutes, il s’agit quand même de mettre un petit mot, en passant, sur cette fatigue qui ne disparaît pas, cet abattement que j’ai personnellement chaque soir vers 20h30, ce drôle de sentiment d’épuisement. Alors bien sûr, quand la nuit est bonne (et la musique aussi, coucou Jean-Jacques), on repart toutes de bon matin, fraîches et roses, prêtes à… recommencer. Et quand, à force d’épuisement, on ose un tu pourrais peut-être me filer un coup de main, genre étendre la lessive et gérer les disputes, et qu’on essuie le fameux « fallait le dire », on en rirait presque si ça n’était pas si douloureux.

La clé ? Éduquer nos fils. Oui, parce qu’on ne va pas se mentir, cette charge mentale nous est exclusivement réservée. Raison pour laquelle, nos fils tondent, vident le lave-vaisselle, repassent TOUT le linge quand ils sont en vacances, savent préparer quelques repas basiques (steak, pâtes, salade…) et me relaient de temps en temps pour l’histoire du soir. Chaque semaine je leur dis et répète qu’ils DOIVENT m’aider, faire leur lit, ranger leur chambre et aider les petits à en faire autant. Mon père ne savait pas où le sel était rangé, mon mari sait étendre une lessive. Je fais tout pour que mes fils puissent être de merveilleux compagnons, des adultes instruits et généreux… et je sais la chance que j’ai chaque fois que je les entends me dire, laisse maman, je m’en occupe…

 

217 / Travailler en freelance > de l’art du jonglage

 

  • C’est cool pour toi, comme tu bosses en freelance, tu peux traîner en pyj et boire un café en terrasse avec tes copines en plein milieu de l’après-midi si ça te chante.
  • Génial ! Toi au moins tu n’as pas besoin de demander à ta boss si tu veux prendre tes congés en juillet.
  • Han, tu peux accompagner les sorties scolaires de tes enfants. La chance !
  • Super ! Tu as gagné plein de blé ce mois-ci.
  • Je t’envie vraiment, tu dois pouvoir dormir un peu le matin !

Voilà un petit concentré des idées reçues sur les gens qui, comme moi, ont dit bye-bye au salariat.

Quand j’étais étudiante à la Fac, j’ai bossé à mi-temps dans une entreprise pendant toutes mes études, j’étais salariée. Et puis un beau matin, on m’a remerciée. Mais sans la formule de politesse. J’avais 22 ans et le loyer à payer. Alors avec mon homme, en deux heures, on a dit on se lance. Le lendemain on allait demander un petit prêt à notre banque. Deux jours plus tard on faisait la tournée des clients. Quatre jours après on achetait deux Macs et une imprimante. Depuis, j’ai la chance inouïe d’être au RSI. Oh wait! La channnnnce !

Depuis 20 ans donc, dans le désordre, j’ai renoncé :

  • Aux congés payés
  • Aux trajets métro-boulot (je monte l’escalier…)
  • Aux 5 semaines de vacances annuelles
  • À la machine à café
  • Aux réunions sans fin
  • Aux RTT
  • À la sérénité
  • Aux nuits sans stress
  • Au salaire fixe à la fin du mois
  • Aux collègues
  • Aux sourires de mon banquier
  • Aux horaires à peu près fixes

Mais j’y ai gagné :

  • Tout ce que je suis
  • Ma liberté. Presque totale. (Pas de patron mais des clients très exigeants…)
  • Mon autonomie
  • Un temps de dingue (que je passe à bosser alors finalement…)
  • De la force
  • Des cheveux blancs
  • 8 bras et 3 cerveaux => en plus de mes boulots, je gère la compta/le secrétariat/mes clients/le RSI/mes élèves/les impôts/la paperasse (<= ma pire ennemie…)
  • De la disponibilité
  • Le sens assez aigu de l’organisation finalement (agenda blindé 11 mois sur 12 mais on essaie d’anticiper les fondamentaux, le reste se gère à l’arrache…)
  • L’image que je renvoie à mes enfants et dont je suis un peu fière => ils nous voient bosser, jongler, s’arranger, s’organiser. Essayer de faire au mieux, pour eux aussi, même si souvent ça tient de la haute voltige…
  • De très belles rencontres
  • Des remises en question régulières
  • Le fait de travailler avec plaisir avec mon homme
  • Un drôle de sentiment de tout pouvoir gérer (<= faux donc…)
  • Des angoisses à ne plus dormir
  • 2 contrôles URSSAF (oui, madame, on vérifie, c’est tout…)
  • 3 jobs
  • de l’adaptabilité
  • des surprises…

J’aurais pu tout changer. Postuler, passer des entretiens et peut-être réintégrer une entreprise. Mais alors je n’aurais pas le privilège d’occuper mes journées avec trois activités si différentes. Pour autant, je me réveille parfois en sachant que je suis bonne pour Sainte-Anne. (Réservez-moi une place près de la fenêtre !)

Question organisation pratico-pratique, j’ai des horaires de bureau. Extensibles…
Je suis au bureau dès 8h45, après avoir déposé les enfants à l’école. Je prends une petite heure le midi et le soir je m’arrête vers 18h30 en temps normal. Ce qui veut dire qu’à 18h31, je suis disponible pour mes enfants. Les semaines chargées, je prolonge jusqu’à 19h30, heure à laquelle je fais une pause pour nourrir la tribu… Et j’y retourne après. Le tunnel 15 février-30 mars est toujours très difficile : les journées sont interminables, le stress à son comble et les nuits beaucoup trop courtes… Ce n’est pas toutes les semaines et ce n’est pas non plus l’usine, ni la mine. Donc on évite de se plaindre. Mais je travaille très (trop) souvent le week-end et je ne pars plus en vacances sans mon ordinateur. Je reste, comme on dit, disponible…

Je me demande souvent vers où iront mes enfants. C’est un peu comme les enfants des familles nombreuses (je coche la case…) qui préfèrent finalement n’avoir qu’un enfant. Le souvenir d’une enfance entre sons et lumière n’étant pas toujours idyllique… Je ne suis pas certaine donc qu’ils se projettent vers un avenir « comme maman ». Ils sont encore un peu jeunes d’ailleurs pour penser métier, entreprise, statut, CDD… Eux rêvent de voyages et de liberté. Et aussi de châteaux (en Lego). Alors pour l’instant, je les laisse dans ce monde-là…

 

214 / La mère et le père, sans le sourire de la crémière

Petit coup de gueule du jour… bonjour ! Et booooonne année bien sûr !

Mon premier billet en 2017 sera amer. Pas de panique, je reviendrai plus légère d’ici quelques jours… Mais voilà, avec ma tribu de 5 loupiots, mes nerfs sont parfois mis à très rude épreuve et j’ai un peu (trop) le sentiment ces temps-ci de manquer du soutien de l’homme, mon homme, leur père. Petit résumé de la situation : je travaille ET je m’occupe des devoirs, je supervise (de plus en plus loin, certes) les douches, je vérifie que les sacs d’école sont prêts LA VEILLE, idem pour les sacs de sport, j’ai en mémoire les jours de bibliothèque des petits, je gère les trajets chez les copains/copines, j’envoie les sms aux parents (enfin, aux mamans !) des copains chaque fois que n° 3 a mal noté un truc dans son agenda « Dis-donc, le mien a noté ex. 10 p. 137, mais il n’y a pas d’exo 10 sur cette page… Le tien a noté autre chose ? » (<= Ça, c’était la conversation hautement philosophique d’hier…). Je gueule râle souvent, ils ont l’habitude, moi aussi. Tout va bien. Je ne suis pas rancunière donc chacun a évidemment son câlin du soir, évidemment. Mais j’ai transmis tous mes pouvoirs aux grands pour qu’ils me remplacent de temps en temps et lisent quelques pages à leur petite sœur. Oui parce que bon, en vrai, je fatigue aussi…

Et ce matin, après une migraine carabinée ce week-end et 3 nuits bien moisies, c’est un peu les nerfs à vif que j’ai découvert mon fils, à moins 10, vérifiant son exo de maths, (noté l’exo, sinon c’est moins drôle), se demandant s’il n’aurait pas mieux fait comme ci plutôt que comme ça, trousse perdue et pompes à l’autre bout du salon. Pétard de feu, mon sang n’a fait qu’un tour et mon fils (ma bataille) risque de se souvenir longtemps de mon pétage de plombs ! Ou pas d’ailleurs, puisque j’ai l’impression que je suis la seule a avoir eu l’estomac noué toute la journée. Eh oui, miss culpabilité ne m’a pas quittée de la journée… Mais pourquoi tu te mets dans des états pareils ? Eh laisse-le donc gérer… Est-ce que je vais tous les rendre totalement dingos… Voilà en substance les bonnes idées qui ont encombré mon petit cerveau aujourd’hui.

Donc, on essaie de les éduquer, de mettre les limites, mais faudrait pas trop les stresser non plus nos petits trésors, et garder aussi le sourire d’ailleurs, parce que bon, faire le gueule, c’est contre-productif. Et puis être aimable au boulot, évidemment. Préparer des bons petits plats également, parce que jambon-pâtes, c’est moyen pour leur putain de croissance. Surveiller leur scolarité mais les rendre autonomes, savoir être disponible sans être envahissante, les écouter mais accepter les silences… et surtout, ne rien attendre.

Ils ne mettent pas la table spontanément ? Ils ne proposent pas de t’aider ? Ne surtout pas se plaindre, c’est ça être parent… Enfin bref, la liste n’est pas exhaustive et j’avoue, je suis loin, très loin de rester ZEN tous les jours. Donc, va comprendre pourquoi, là, ce matin, j’ai légèrement exagéré, c’était la goutte d’eau de trop, parce qu’objectivement, l’exo de maths je m’en tape comme de ma première tasse de café. J’ai donc demandé à mon homme de ne pas hésiter à m’épauler sur ce coup-là, hein, toutes les bonnes volontés étant les bienvenues et je ne suis pas complètement perchée, l’autorité du père, ce n’est pas la même chanson que celle d’une mère. Je ne sais pas comment ça se passe chez vous, disons qu’ici mon homme est beaucoup plus calme, zen et raisonnable que moi (l’être moins que moi ce serait franchement pas de bol pour eux !). Mais quand il s’énerve, les mômes frôlent les murs et o.bé.i.ssent. (3 fois l’an donc…). Ce matin, on a donc convenu ensemble que son autorité devait s’exprimer davantage, parce que j’en ai marre de passer pour la râleuse hystérique qui n’est jamais contente… que j’aimerais bien, moi aussi, profiter d’eux et me réjouir d’avoir de si beaux enfants (beaux mais chiants > si jamais j’atteins un jour le niveau 2 de patience, je n’en perdrais pas complètement mon objectivité…)

Nous avons tous (enfin toutes…) nos exigences, certaines sont maniaques du lavage de dents, d’autres ne partiront pas sans avoir vérifié que TOUS les lits sont faits, alors que quelques-unes sont des angoissées du p’tit déj, des flippées de l’hypoglycémie. Vous l’aurez deviné, je n’ai pas ces manies-là (< rapport à mon bordel organisé génétiquement inscrit dans mes veines ET dans celles de mes enfants…) mais je ne supporte pas bordel qu’on se fiche de moi (> je reste polie, notez bien…).

Pour autant, avec un tantinet de recul, j’arrive à me dire (de temps en temps), que ce sont des enfants. MAIS bien souvent une petite voix s’empresse de me rappeler que c’est notre boulot, notre devoir même de les élever en leur montrant la réalité, les contraintes, les attentes. Être cool, planer à dix mille, voir ses potes et passer à la boulange après le collège pour acheter des bonbecs, c’est la super belle vie. C’est l’adolescence insouciante et c’est chouette. Vivre en famille, partager, aider, c’est aussi ce que je veux essayer de leur transmettre. Il y a des contraintes mais aussi des grands bonheurs… Je leur rabâche tous les jours qu’il n’y a pas de plan B > moi vivante, ils n’auront pas d’autre choix. Je tiens bon mais parfois, je m’épuise. Mais je tiens bon…

Et vous ?