217 / Travailler en freelance > de l’art du jonglage

 

  • C’est cool pour toi, comme tu bosses en freelance, tu peux traîner en pyj et boire un café en terrasse avec tes copines en plein milieu de l’après-midi si ça te chante.
  • Génial ! Toi au moins tu n’as pas besoin de demander à ta boss si tu veux prendre tes congés en juillet.
  • Han, tu peux accompagner les sorties scolaires de tes enfants. La chance !
  • Super ! Tu as gagné plein de blé ce mois-ci.
  • Je t’envie vraiment, tu dois pouvoir dormir un peu le matin !

Voilà un petit concentré des idées reçues sur les gens qui, comme moi, ont dit bye-bye au salariat.

Quand j’étais étudiante à la Fac, j’ai bossé à mi-temps dans une entreprise pendant toutes mes études, j’étais salariée. Et puis un beau matin, on m’a remerciée. Mais sans la formule de politesse. J’avais 22 ans et le loyer à payer. Alors avec mon homme, en deux heures, on a dit on se lance. Le lendemain on allait demander un petit prêt à notre banque. Deux jours plus tard on faisait la tournée des clients. Quatre jours après on achetait deux Macs et une imprimante. Depuis, j’ai la chance inouïe d’être au RSI. Oh wait! La channnnnce !

Depuis 20 ans donc, dans le désordre, j’ai renoncé :

  • Aux congés payés
  • Aux trajets métro-boulot (je monte l’escalier…)
  • Aux 5 semaines de vacances annuelles
  • À la machine à café
  • Aux réunions sans fin
  • Aux RTT
  • À la sérénité
  • Aux nuits sans stress
  • Au salaire fixe à la fin du mois
  • Aux collègues
  • Aux sourires de mon banquier
  • Aux horaires à peu près fixes

Mais j’y ai gagné :

  • Tout ce que je suis
  • Ma liberté. Presque totale. (Pas de patron mais des clients très exigeants…)
  • Mon autonomie
  • Un temps de dingue (que je passe à bosser alors finalement…)
  • De la force
  • Des cheveux blancs
  • 8 bras et 3 cerveaux => en plus de mes boulots, je gère la compta/le secrétariat/mes clients/le RSI/mes élèves/les impôts/la paperasse (<= ma pire ennemie…)
  • De la disponibilité
  • Le sens assez aigu de l’organisation finalement (agenda blindé 11 mois sur 12 mais on essaie d’anticiper les fondamentaux, le reste se gère à l’arrache…)
  • L’image que je renvoie à mes enfants et dont je suis un peu fière => ils nous voient bosser, jongler, s’arranger, s’organiser. Essayer de faire au mieux, pour eux aussi, même si souvent ça tient de la haute voltige…
  • De très belles rencontres
  • Des remises en question régulières
  • Le fait de travailler avec plaisir avec mon homme
  • Un drôle de sentiment de tout pouvoir gérer (<= faux donc…)
  • Des angoisses à ne plus dormir
  • 2 contrôles URSSAF (oui, madame, on vérifie, c’est tout…)
  • 3 jobs
  • de l’adaptabilité
  • des surprises…

J’aurais pu tout changer. Postuler, passer des entretiens et peut-être réintégrer une entreprise. Mais alors je n’aurais pas le privilège d’occuper mes journées avec trois activités si différentes. Pour autant, je me réveille parfois en sachant que je suis bonne pour Sainte-Anne. (Réservez-moi une place près de la fenêtre !)

Question organisation pratico-pratique, j’ai des horaires de bureau. Extensibles…
Je suis au bureau dès 8h45, après avoir déposé les enfants à l’école. Je prends une petite heure le midi et le soir je m’arrête vers 18h30 en temps normal. Ce qui veut dire qu’à 18h31, je suis disponible pour mes enfants. Les semaines chargées, je prolonge jusqu’à 19h30, heure à laquelle je fais une pause pour nourrir la tribu… Et j’y retourne après. Le tunnel 15 février-30 mars est toujours très difficile : les journées sont interminables, le stress à son comble et les nuits beaucoup trop courtes… Ce n’est pas toutes les semaines et ce n’est pas non plus l’usine, ni la mine. Donc on évite de se plaindre. Mais je travaille très (trop) souvent le week-end et je ne pars plus en vacances sans mon ordinateur. Je reste, comme on dit, disponible…

Je me demande souvent vers où iront mes enfants. C’est un peu comme les enfants des familles nombreuses (je coche la case…) qui préfèrent finalement n’avoir qu’un enfant. Le souvenir d’une enfance entre sons et lumière n’étant pas toujours idyllique… Je ne suis pas certaine donc qu’ils se projettent vers un avenir « comme maman ». Ils sont encore un peu jeunes d’ailleurs pour penser métier, entreprise, statut, CDD… Eux rêvent de voyages et de liberté. Et aussi de châteaux (en Lego). Alors pour l’instant, je les laisse dans ce monde-là…