218/Comment parler sexe avec son ado…

Il est un peu loin le temps (béni…) où vous faisiez gazou-gazou avec votre bébé sur les genoux. Où vos pensiez que rien ne pourrait jamais vous séparer, qu’entre votre bébé-tout-mignon et vous, ce serait l’osmose parfaite pour toujours…
Votre bébé-tout-mignon le restera peut-être éternellement, il n’empêche qu’il va falloir, un jour, le partager… Vers 13-14 ans, quand il aura les hormones au plafond et avant qu’il ne quitte le nid, vous allez devoir aborder avec lui/elle, ensemble donc, un chapitre que certains pensaient peut-être ne jamais devoir évoquer. (=> ils étaient naïfs, pas vous).

Votre ado grandit, et il/elle va sans doute avoir une vie amoureuse. Honnêtement, souhaitons-le. Pour autant, même si, comme ses concitoyens prépubères, il/elle a le smartphone greffé au bout du bras, et donc, accès à TOUT, ce serait bien d’en parler, d’aborder ce sujet ensemble, histoire de fixer quelques règles et éventuellement, briser quelques tabous. C’est aussi ça, notre rôle de parent, les prévenir, les accompagner et les protéger.

C’est à mon sens primordial d’en parler avec eux. J’y vois deux raisons majeures :
– C’est reconnaître qu’ils ne sont plus des enfants (mais pas encore des adultes).
– Ils ont besoin d’entendre certaines vérités, que leurs copains ne connaissant pas forcément…

Pas facile hein ? Vous hyper-ventilez, vous préféreriez retarder le moment ? Vous ne pensez tout de même pas pouvoir y échapper ? Participer à l’éducation sexuelle de nos enfants, même si ça peut être embarrassant, c’est aussi les laisser poser des questions, leur faire comprendre qu’on reste à leur écoute et évidemment, adapter les réponses à leur âge.

J’écoutais l’autre jour à ce propos une émission sur France Inter, et j’y ai appris en tombant de ma chaise que la moitié des 15-17 ans ont déjà surfé sur un site pornographique… J’ai immédiatement pensé « pas les miens », et puis je me suis mise à douter. Après tout, pourquoi pas eux ? Qu’est-ce qui les aurait mis « à l’abri » ? À quel moment aurions-nous été « plus malins » ? Et puis j’ai eu un semblant de réponse. Mais pour être honnête, j’en ai immédiatement parlé à mon homme et le soir-même, nous avons ré-entamé la discussion avec nos deux ados. Oui, nous avons le privilège délicieux d’avoir non pas un, mais deux ados. (=> le régal !).
Il y a quelques jours donc, nous les avons réunis et je leur ai demandé (en précisant que je ne me fâcherais pas…) s’ils avaient déjà vu des films pornos.

  • Oh non maman, t’inquiète…
  • Et avez-vous des copains (je ne veux pas connaître leur nom) qui ont surfé sur ces sites ?
  • Ouais, plusieurs…
  • Vous ont-ils proposé de les regarder avec vous ?
  • Non, mais même s’ils l’avaient fait, j’aurais refusé.
  • Alors écoutez-nous bien. Votre père et moi, on a eu 15 ans aussi, on a, comme vous, été amoureux. C’est normal. L’époque n’était résolument pas la même mais on a connu, vous vous en doutez, des histoires d’amour, des histoires sans amour et aussi des chagrins.

Parler de sexualité avec nos ados ne veut pas dire parler de NOTRE sexualité. Il ne s’agit pas de nous, mais d’eux. Nos deux aînés étant des garçons (13 et 15 ans), voici, en substance, ce que nous leur avons dit :

  • Règle n° 1

L’amour et la sexualité relèvent du domaine de l’intime. Autrement dit, hors de question d’étaler sur les réseaux sociaux vos relations avec Paule, Pierrette ou Jacqueline. Ni avec Paul, Pierre et Jacques… Ce n’est pas secret, c’est privé. On peut se confier à des amis, dire tout le bien qu’on pense de Lola, mais ON NE PEUT PAS publier sur Facebook/Instagram/Snapchat « je me suis fait Lola hier, c’est rien qu’une chaudasse ». Il est évidemment EXCLU de publier tout ou partie de votre anatomie intime, ainsi que celle de l’être aimé…

  • Règle n° 2

Si une fille vous plaît, mais qu’elle vous dit, t’es un bon copain, mais je ne suis pas amoureuse => ça veut dire NON. Et si elle vous dit, je suis amoureuse de toi, mais je me sens pas encore prête => ça veut dire NON aussi. Hors de question de forcer qui que ce soit à avoir des relations intimes avec vous. Le désir doit être partagé.

  • Règle n° 3

Le jour où vous et votre copine vous sentirez prêts, et bien que ce ne soit pas hyper glamour, CAPOTE obligatoire. Même si la fille vous dit, tu es mon premier amoureux, je prends la pilule, je n’aime que toi, j’ai fait des examens le mois dernier. On ne doute pas forcément d’elle, mais on en meurt de ces conneries…
(Ce sera aussi peut-être l’occasion de développer le sujet contraception, contraception d’urgence, utilisation d’un préservatif et de fournir des réponses claires : la pilule ne protège pas des MST, le préservatif ne peut pas se ré-utiliser. Ce qui nous semble évident ne l’est pas forcément pour eux.)

  • Règle n° 4

L’amour, c’est un drôle de sentiment qui peut donner le vertige. Au mieux, ça donne des ailes. Au pire, ça peut briser des vies. Certaines personnes ont des pratiques qui peuvent paraître choquantes, humiliantes… Si les deux personnes sont ABSOLUMENT consentantes, on s’en fiche. Par contre, ON NE FORCE PERSONNE à faire ci ou ça. JAMAIS.

  • Règle n° 5

On respecte les personnes qu’on a aimées. La base. On a vécu une chouette histoire et puis un jour on se rend compte que finalement ça ne colle plus ? On se le dit poliment, on met fin à une relation qui ne nous épanouit plus. Pas besoin d’être humiliant, irrespecteux ou méchant.

  • Règle n° 6

Rien n’est plus éloigné de l’amour que la notion même de performance. Untel collectionne les filles ? Il se vante d’avoir une nouvelle petite copine et de la faire grimper au 7e ciel ? Grand bien leur fasse. On ne sait jamais vraiment ce qui se passe entre deux personnes. Trouver sa moitié d’orange, ça relève de l’exploit. Rencontrer une belle personne et avoir le privilège de partager l’essentiel et le superflu, le beau et le moins lumineux, se sentir aimé et compris, ça n’est pas donné à tout le monde. Ça se protège.

  • Règle n° 7

On peut parler. Si Lola vous plaque comme un malpropre, si elle vous en fait baver, que vous avez envie de tout envoyer valser ou pire si vous avez des idées noires, IL FAUT EN PARLER. À vos potes, à la psy du lycée, à la mère de Bidule qui est drôlement sympa, à une cousine éloignée, au médecin de famille ou même à vos parents. On ne s’isole pas quand on souffre. Primo, c’est contre-productif, deuxio, parler de sa peine la fera un peu disparaître…

  • Règle n° 8

Chercher l’harmonie. On n’évitera donc de s’embarquer dans une relation toxique, encombrée par la jalousie, la méchanceté ou le manque de respect.

  • Règle n° 9

Elle va durer un jour, un trimestre ou une année. Peut-être même toute une vie. Vous vous souviendrez en tout cas sans doute très longtemps du prénom de votre première histoire d’amour. Chouchoutez-la. Faites en sorte qu’elle demeure un très beau souvenir.

  • Règle n° 10

Respirez, ça va bien se passer…

216 / L’ado. En 10 points.

Vous êtes à peine sortie des couches et des « maman, tu m’as pas fait le bisouuuuu », et vous avez brillamment survécu au fucking terrible two. Vous avez donc bien fait de profiter d’un petit répit plutôt merveilleux. Ce temps béni ou l’enfant découvre l’école, y apprend à enfiler son manteau et à faire ses lacets. Sans vous. Oh joie !  Certes, le soir vous attaquez le 2e round de votre journée mais à 20h si votre moitié vous aide (si, si, ça existe…) bon allez, à 21 heures max vous êtes pé-nar-de. Naze, mais tranquillou. À vous les séries sur Netflix  devant un plateau-repas, les soirées en amoureux à la cool.

Et puis, sans vraiment crier gare, l’ado pointe le bout de son nez. Assez insidieusement. Certes vous percevez malgré tout quelques signes, quand vers 10-11 ans, il/elle commence à lever les yeux au ciel alors que vous osez demander si sa journée s’est bien passée ou pire… s’il/elle envisage de ranger sa piaule avant l’hiver prochain.

Pas drôle.

Alors oui, vous avez bien quelques bons copains qui ont « des grands ». Ils vous ont d’ailleurs lancé plusieurs perches… profite tant qu’ils sont si petits, le nôtre fait la gueule un jour sur deux… Mais non, chez vous tout se passera bien, vous le sentez. Faut dire que vous avez participé à plusieurs ateliers menés par Isabelle Filliozat, alors la parentalité positive ça vous parle. D’ailleurs, honnêtement, ça n’était pas si compliqué, surtout depuis que vous avez dévoré « Chacun son caractère, comprendre le tempérament de son enfant »…

Mais… (oui, il y a un mais) un beau jour, vous êtes bien forcée de vous rendre à l’évidence. L’ado qui partage votre espace vital est devenu super chiant. Appelons un chat, a cat. Vous envisagez donc sérieusement les incantations mystiques, l’appel à un ami et même le vote du public…

Pour traverser cette zone de turbulences, il me semble bon d’avoir à l’esprit quelques caractéristiques de l’ado. Pour vous, je suis donc partie étudier en zone de conflit(s). Ça ne mérite pas le prix Albert Londres mais ça pourrait bien vous aider malgré tout…

• L’ado va prendre une quinzaine de centimètres en 18 mois. Il est donc fatigué. Faut le comprendre. Raison pour laquelle il est en permanence avachi. Sur votre canapé, sa chaise, son lit voire même votre lit s’il est plus près. L’ado est crevé, tout le temps. Bon, pas pour mater une vidéo sur YouTube parce que « ça, c’est pas fatigant »… Vous suivez ?

• L’ado version 2017 ne s’embarrasse jamais du mode d’emploi. Lui, il mate une vidéo d’explication sur YouTube. Rapide. Efficace.

• L’ado pense que dans le lave-vaisselle, il y a plein de petites mains prêtes à réceptionner son assiette, son verre et même ses couverts. C’est pourquoi il n’ouvre qu’au minimum la porte du-dit lave-vaisselle. Ça épuise…

• L’ado gère… T’inquiète. C’est juste que dans son monde, les heures font 80 mn. Il n’est donc mathématiquement pas « vraiment » en retard, là. D’ailleurs il gère…

• L’ado a faim. Très faim. Vous avez acheté de bons légumes bio sur le marché hier matin, vous préparez donc un merveilleux tian de courgettes, tomates et citron vert avec amour quand vous l’entendez s’interroger « C’est ça qu’on mange ce midi ? ” (l’ado n’a pas encore découvert les phrases complexes avec sujet-verbe-complément ET formule de politesse, mais ça viendra…)

• L’ado ressemble à son papa. Malade, il est proche du trépas, comptant les jours, affalé sur votre canapé. Il appelle 37 fois par minute pour réclamer un verre d’eau/ des kleenex/un massage… car il n’a « plus de force, vraiment, te moque pas, c’est terriiiiible ».

• L’ado n’a jamais froid l’hiver. Il a réclamé un manteau de marque à one million dollars mais finalement, il ne le met pas. Enfin, pas maintenant. Ne perdez pas espoir, il risque de le sortir en mai… avec le bonnet qui va avec. C’est trop dar.

• L’ado (qui n’a jamais froid) ne met pas de chaussettes l’hiver… Non, il/elle préfère des socquettes… D’ailleurs il/elle remonte malicieusement ses bas de jeans histoire d’avoir les chevilles à l’air. C’est swagg. OMG !

• L’ado n’a pas sommeil le soir. Vous si… Vous avez bien pensé à lui conseiller un bon bouquin, mais il refuse votre courtoise et néanmoins inefficace proposition. J’vois pas c’que ça va faire… Pis j’aime pas lire… (Suis-je bête ? Lire c’est pour les faibles.)

• L’ado possède un smart-phone dernier-cri, pourtant il ne téléphone pas. Non, il envoie des messages à son fraté sur Snapchat. Il s’exprime par monosyllabes… Bah ouais, c’est oklm.

Toute ressemblance avec des personnages ou des faits existants ne serait PAS pure coïncidence…  Cette petite liste n’est bien sûr pas exhaustive, aussi je me suis dit que j’allais vous mettre à contribution. Racontez-moi donc les perles de vos ados, qu’on rigole un peu ! Et n’oublions pas, nous aussi, au siècle dernier, nous étions ados…

 

 

212/15 piges

Nous devions partir en voyage. En Martinique pour y retrouver des amis très chers (aucun rapport avec le prix du billet…). Voilà, c’était prévu, acté, noté dans les agendas depuis un mois. Aucune raison d’annuler cette parenthèse de douceur.
Deux jours avant le départ (pas rassurée, à l’idée de me cogner 10 heures d’avion…), mal au bide, maux de tête… Je me dis t’inquiète Ginette, c’est rien du tout, ça va passer, stresse pas. J’appelle mon toubib, je lui parle de tout ça, nan je déconne (qui dérange son gynéco pour lui dire qu’elle a mal au bide ? Pas moi. Enfin, en temps normal, pas moi.) Mais les temps n’étaient pas normaux, 8 années de traitements, de faibles hauts et de bas bien bas (=> oui, il y a différents niveaux de « bas »…), de rêves de ventre rond, ça occupe bien l’esprit. Bref, en douce de l’homme, j’appelle mon gynéco donc pour lui dire alors voilà, j’ai juste 10 jours de retard, je suis sûre que ça a encore foiré, et d’ailleurs je m’en fiche, là, je n’y crois plus tellement alors les signaux de dame nature je vais les ignorer, mais bon, j’ai fait un test, il est positif, ça doit être une erreur. On doit partir en voyage. Dans 2 jours. J’annule tout ? (<= finalement, peut-être qu’après tout ce temps, j’allais décider de ne pas ignorer les signaux de dame nature…). Il m’a dit, non, n’annulez rien, faites votre voyage mais revenez me voir en rentrant. OK.

Ce matin, j’ai appelé mon gynéco (<= enfin, sa secrétaire) et je lui ai dit, s’il vous plait mademoiselle, pourriez-vous transmettre un message au docteur Miracle ? Voilà, dites-lui que j’ai appelé, et que je pense bien à lui parce qu’il y a quinze ans tout pile, je suis devenue mère grâce à lui. Mon fils a quinze ans aujourd’hui, il est beau (<= en toute objectivité évidemment), il est grand, il est fort, il est doux, il est chiant (<= mère juive mais pas totalement dingo), il est le paradoxe incarné, il est l’aîné de cette tribu, il est bien dans ses baskets en ce moment, il me fait rire (et douter), mais grâce à lui, depuis quinze belles années, et jusqu’à mon dernier souffle, je savoure ma chance d’être sa mère. Dites-lui tout ça d’accord ? Elle m’a dit aucun problème, je vais lui transmettre votre message tout de suite, je suis certaine qu’il sera content, au fait comment s’appelle votre fils ? Il porte le nom d’un ange. Elle a laissé un blanc et m’a répondu, alors si je peux me permettre, souhaitez-lui un très bel anniversaire aussi de ma part. J’ai dit merci, oui, bien sûr. Et puis j’ai séché ma larme. Elle avait ce matin le goût du bonheur.