230 / La mère de l’ado. En 10 points

C’est fou comme les mères d’ado(s) ont ce je-ne-sais-quoi en commun… Les parents d’ado(s) forment, c’est certain, une sorte de confrérie sourde, un ensemble qui ne se retrouve plus désormais auprès des bacs à sable, mais qui se reconnaît très facilement : lors d’une soirée par exemple, on se regarde, on jette un œil discret au machin d’un mètre 80 qui se tient à l’écart, tronche en biais et portable à la main et… on se comprend. Mieux, on compatit !

L’an dernier, à la même époque, j’avais rédigé un petit billet sur l’ado et ses quelques caractéristiques bien reloues. Comme je suis globalement pour le principe d’égalité, voici cette fois nos petites spécificités. Celles qui font qu’on compte les jours en se disant que punaise, on en rira dans dix ans… Ou même un peu avant pour les plus chanceuses !

Pour les besoins de la narration, je suis repartie en zone de turbulences. Ça ne mérite toujours pas le Prix Albert Londres, mais ça vous évitera peut-être deux-trois séances chez le marabout du coin. (Parce que le trois fois sans frais chez le psy, on a déjà donné.)

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Véritable athlète, la mère de l’ado se prépare chaque jour à affronter les épreuves combinées du décathlon : aucune discipline ne ressemble à une autre mais elle maîtrise les courses, les sauts et les lancers. Ses performances sont très rarement récompensées (à peine remarquées) pourtant sur l’échelle de la fatigue, elle a atteint le maximum de points…

Le karma, cet enfoiré ! La mère de l’ado a l’habitude des soirées Fast food and furious… Entre les portes qui claquent et les airs désabusés, elle sait que chaque jour qui passe sans avoir menacé sa descendance de retourner sa chambre est un jour gagné ! (Celles qui savent, savent…).

PNC aux portes. Absolument pas parano, celle qui héberge son ado vit avec le téléphone vissé au bout du bras, qu’elle vérifie nerveusement (toutes les 23 secondes, en moyenne) en attendant une réponse. 21h18, elle a déjà envoyé 34 messages, « Ça va, tu es bien arrivé(e) ? Pas d’alcool, hein, promis ? Margaux est bien avec toi ? Simon aussi ? Tu promets ? Tu m’appelles si tu veux que je vienne te chercher ? Hein ? Dis ? Tu as bien reçu mon message tout à l’heure ? T’as pas répondu mais ça va, t’es sûre ? Je t’aime. » Intérieur nuit / extérieur jour, la mère de l’ado, veille.

Réflexe pavlovien, dès que le nom du lycée s’affiche sur le téléphone, elle se mord la lèvre, enchaîne les exercices de respiration abdominale et décroche, prête au pire… En moins de 10 secondes, elle imagine la liste et se prépare à entendre que son teenager :

  • est viré
  • a été surpris en train de fumer dans les toilettes
  • vient d’être emmené d’urgence à l’hôpital

Elle se demande alors pourquoi elle n’a jamais envisagé que ce simple coup de fil puisse lui annoncer que son jouvenceau allait recevoir la médaille du mérite. Allez comprendre…

Entre oripeaux de la jeune mère et peau, quelques années plus tard, un chouia usée, être mère d’un(e) ado c’est se débattre, se heurter et chercher inévitablement à comprendre le fruit de ses entrailles. Pour autant, si l’adolescence est une période de changements radicaux, à le voir nous observer de la tête aux pieds, le regard vaguement désespéré et l’entendre nous dire « T’as pas grossi un peu m’man ? », il nous arrive d’envisager sérieusement de l’enfermer dans sa chambre. Ce qui lui donnerait l’occasion de réfléchir à nouveau au sens des mots « respect » et « tolérance » mais aussi, pourquoi pas, de constater qu’un rangement complet de ce qui lui sert de chambre est devenu, il faut bien l’avouer, nécessaire.

La taille du nombril de l’ado étant inversement proportionnelle à celle de son cerveau, il exprime son besoin urgent, absolument vital d’un Iphone X et des pompes dernier-cri environ quinze fois par jour… Sa mère, elle, se satisfait de quelques clics sur Sarenza et Sephora. (Se reporter au point ci-dessus : oui, elle a un peu grossi, non, elle n’est pas susceptible…)

Pour maintenir des échanges familiaux riches et harmonieux quand on abrite un ado, mieux vaut suivre des cours de yoga le lundi midi. On sacrifie certes sa pause déj’ mais on en sent les bénéfices dès le soir. Pour autant, nager 2 km tous les mercredis et envisager la marche nordique le dimanche n’est pas totalement inutile. Pour la bonne cause…

Trois mots ont tambouriné sans relâche à la porte de nos nuits sans sommeil : « divorce » – « infanticide » – « Temesta ». Mais des mois de pratique intensive de la méditation de pleine conscience nous auront permis d’éviter haut la main d’avoir recours désormais à de telles pensées sombres. Peine perdue, joie retrouvée !

Pour preuve, c’est désormais :

  • Fais comme tu veux ma chérie…  (en pensant très fort, « Moi, je l’ai eu mon Bac, et du premier coup !).
  • Il me semble que ça n’est pas tout à fait exact mais je peux me tromper…  (On a dit, pas d’opposition frontale !)

Less is more. Tandis que l’ado prolonge nonchalamment sa nuit, maman se réserve désormais un doux créneau le samedi, généralement de 10h à 15h. La terre peut s’arrêter de tourner, l’eau de ruisseler et le CAC 40 dégringoler aussi vite, maman n’est là pour personne… Sans rien programmer, elle adapte chaque semaine ce moment merveilleux et en profite pour faire du shopping avec ses copines, aller chez le coiffeur, bouquiner tranquillos au fond de son lit, jardiner seule, ou rouler fenêtre ouverte et cheveux au vent en écoutant ses tubes préférés. Décharge mentale en mode « on ». Très, très efficace.

Ça veut dire beaucoup. On a survécu aux contractions, au régime sans sel et sans sucre pendant la grossesse, aux douleurs de l’accouchement, aux vergetures, aux crevasses, au baby-blues, aux nuits de merde, au terrible-two, aux poux, au harcèlement à l’école et aux disputes entre frères alors autant vous dire que ces quelques mois (ok, ça se compte en années…) ne vont pas (plus) (presque plus…) entamer notre joie de vivre et nos projets de famille unie. Parce qu’avoir un(e) ado, c’est un matin se surprendre à regarder son aîné, le trouver rudement beau et être fière de celui qu’il devient. C’est le laisser déployer ses ailes et découvrir, sans nous, ses envies et ses besoins, c’est trouver le recul nécessaire pour qu’il vive en grand, en tendre et en sincère, et qu’il construise sereinement l’adulte qu’il sera demain, c’est privilégier l’alignement des planètes pour lui éviter le pire, c’est croire au merveilleux, le voir et se dire que finalement, on a plutôt bien réussi.

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Edit :

Pour ma plus grande joie, ce billet a été partagé sur Le Huffington Post et sur Elle.fr

216 / L’ado. En 10 points.

Vous êtes à peine sortie des couches et des « maman, tu m’as pas fait le bisouuuuu », et vous avez brillamment survécu au fucking terrible two. Vous avez donc bien fait de profiter d’un petit répit plutôt merveilleux. Ce temps béni ou l’enfant découvre l’école, y apprend à enfiler son manteau et à faire ses lacets. Sans vous. Oh joie !  Certes, le soir vous attaquez le 2e round de votre journée mais à 20h si votre moitié vous aide (si, si, ça existe…) bon allez, à 21 heures max vous êtes pé-nar-de. Naze, mais tranquillou. À vous les séries sur Netflix  devant un plateau-repas, les soirées en amoureux à la cool.

Et puis, sans vraiment crier gare, l’ado pointe le bout de son nez. Assez insidieusement. Certes vous percevez malgré tout quelques signes, quand vers 10-11 ans, il/elle commence à lever les yeux au ciel alors que vous osez demander si sa journée s’est bien passée ou pire… s’il/elle envisage de ranger sa piaule avant l’hiver prochain.

Pas drôle.

Alors oui, vous avez bien quelques bons copains qui ont « des grands ». Ils vous ont d’ailleurs lancé plusieurs perches… profite tant qu’ils sont si petits, le nôtre fait la gueule un jour sur deux… Mais non, chez vous tout se passera bien, vous le sentez. Faut dire que vous avez participé à plusieurs ateliers menés par Isabelle Filliozat, alors la parentalité positive ça vous parle. D’ailleurs, honnêtement, ça n’était pas si compliqué, surtout depuis que vous avez dévoré « Chacun son caractère, comprendre le tempérament de son enfant »…

Mais… (oui, il y a un mais) un beau jour, vous êtes bien forcée de vous rendre à l’évidence. L’ado qui partage votre espace vital est devenu super chiant. Appelons un chat, a cat. Vous envisagez donc sérieusement les incantations mystiques, l’appel à un ami et même le vote du public…

Pour traverser cette zone de turbulences, il me semble bon d’avoir à l’esprit quelques caractéristiques de l’ado. Pour vous, je suis donc partie étudier en zone de conflit(s). Ça ne mérite pas le prix Albert Londres mais ça pourrait bien vous aider malgré tout…

• L’ado va prendre une quinzaine de centimètres en 18 mois. Il est donc fatigué. Faut le comprendre. Raison pour laquelle il est en permanence avachi. Sur votre canapé, sa chaise, son lit voire même votre lit s’il est plus près. L’ado est crevé, tout le temps. Bon, pas pour mater une vidéo sur YouTube parce que « ça, c’est pas fatigant »… Vous suivez ?

• L’ado version 2017 ne s’embarrasse jamais du mode d’emploi. Lui, il mate une vidéo d’explication sur YouTube. Rapide. Efficace.

• L’ado pense que dans le lave-vaisselle, il y a plein de petites mains prêtes à réceptionner son assiette, son verre et même ses couverts. C’est pourquoi il n’ouvre qu’au minimum la porte du-dit lave-vaisselle. Ça épuise…

• L’ado gère… T’inquiète. C’est juste que dans son monde, les heures font 80 mn. Il n’est donc mathématiquement pas « vraiment » en retard, là. D’ailleurs il gère…

• L’ado a faim. Très faim. Vous avez acheté de bons légumes bio sur le marché hier matin, vous préparez donc un merveilleux tian de courgettes, tomates et citron vert avec amour quand vous l’entendez s’interroger « C’est ça qu’on mange ce midi ? ” (l’ado n’a pas encore découvert les phrases complexes avec sujet-verbe-complément ET formule de politesse, mais ça viendra…)

• L’ado ressemble à son papa. Malade, il est proche du trépas, comptant les jours, affalé sur votre canapé. Il appelle 37 fois par minute pour réclamer un verre d’eau/ des kleenex/un massage… car il n’a « plus de force, vraiment, te moque pas, c’est terriiiiible ».

• L’ado n’a jamais froid l’hiver. Il a réclamé un manteau de marque à one million dollars mais finalement, il ne le met pas. Enfin, pas maintenant. Ne perdez pas espoir, il risque de le sortir en mai… avec le bonnet qui va avec. C’est trop dar.

• L’ado (qui n’a jamais froid) ne met pas de chaussettes l’hiver… Non, il/elle préfère des socquettes… D’ailleurs il/elle remonte malicieusement ses bas de jeans histoire d’avoir les chevilles à l’air. C’est swagg. OMG !

• L’ado n’a pas sommeil le soir. Vous si… Vous avez bien pensé à lui conseiller un bon bouquin, mais il refuse votre courtoise et néanmoins inefficace proposition. J’vois pas c’que ça va faire… Pis j’aime pas lire… (Suis-je bête ? Lire c’est pour les faibles.)

• L’ado possède un smart-phone dernier-cri, pourtant il ne téléphone pas. Non, il envoie des messages à son fraté sur Snapchat. Il s’exprime par monosyllabes… Bah ouais, c’est oklm.

Toute ressemblance avec des personnages ou des faits existants ne serait PAS pure coïncidence…  Cette petite liste n’est bien sûr pas exhaustive, aussi je me suis dit que j’allais vous mettre à contribution. Racontez-moi donc les perles de vos ados, qu’on rigole un peu ! Et n’oublions pas, nous aussi, au siècle dernier, nous étions ados…