207 / L’école, le système et nos enfants #2

S’accrocher pour ne pas décrocher…

Je sais… ce post-là je l’ai commencé en juin et j’avais promis de venir le terminer bien plus tôt mais entre-temps, j’ai eu vraiment beaucoup de boulot, alors me revoilà seulement.

Plates excuses.

Donc, je vous ai laissé avec une partie de mon CV et une vaste question : Qui va ENFIN réformer notre école ? Comme je souhaite vraiment que vous compreniez mes angoisses, je vais aborder deux minutes le fameux classement PISA.

Pi quoi ? PISA > Programme for international student assessment. (<= je suis blogueuse bilingue, ne l’oubliez pas…) En français dans le texte, le classement Pisa évalue tous les trois ans les acquis des élèves de 15 ans dans le monde.

En maths, la France chute cette année au 25e rang mondial. 25e rang !
Pour être parfaitement honnête, je vous signale au passage que les États-Unis tombent du 17e au 36e rang, mais l’Allemagne est au 16e rang ; la Suisse au 9e rang et la Finlande au 12e rang.

En compréhension de l’écrit, la France est au 21e rang… alors que la Finlande est au 6e rang, la Pologne au 10e et le Canada au 8e rang. (<= Moi qui rêve depuis 25 ans de partir au Canada… voici un argument supplémentaire, et pas le moindre, à ajouter à ma besace…)

Et je rappelle donc que nous sommes malgré tout la 5e puissance économique mondiale… Ouf ! L’honneur est sauf.

Mais plus inquiétant encore, cette étude nous révèle également que la France s’illustre aussi par l’important niveau d’anxiété de ses élèves et une discipline qui est parmi les moins respectées. Ils sont stressés, mais indisciplinés. Phobies scolaires, décrochages, harcèlement… je m’arrête là tant la liste des mots fait peur.

Peut mieux faire donc. Il faut pour certains s’accrocher pour ne pas décrocher…

Le baromètre de la plupart des parents étant fixé sur le bulletin de notes, je vois difficilement comment il pourrait en être autrement (<= je parle du stress, pas de l’indiscipline…). En disant cela, je m’inclus dans « les parents » bien sûr. Car en effet, je pense qu’on a presque tous le même discours : « Travaille, ramène-nous des bonnes notes, tiens-toi correctement. »…

Ça t’a plu ? Tu as passé une bonne journée ? C’était intéressant ? ne sont visiblement que des questions subsidiaires…

Alors une fois de plus, je m’interroge. Qu’est-ce qu’on veut ?

OK, en tant que parents, on ne souhaite que leur bonheur. Convaincus que nous sommes qu’il est indéniablement lié à un bon diplôme, lui-même synonyme d’une bonne paie à la fin du mois. La boucle n’est pourtant pas tout à fait bouclée. À quel moment on parle de plaisir ? de curiosité ? de partage. OK (<= bis), nous ne sommes plus chez les Bisounours, mais quand même, on parle d’enfants.

De nos enfants.

Parallèlement à mon travail de graphiste dans l’édition, je suis depuis quelques années maintenant formatrice en orthographe. J’interviens auprès d’ados ou d’adultes dyslexiques mais pas seulement. La plupart sont « simplement » dysorthographiques. J’enseigne la méthode Anne-Marie Gaignard.

Mon fils aîné a 14 ans, il vient d’entrer au lycée. Il a toujours très bien écrit. « Très bien » au sens de « sans fautes »… Les règles d’orthographe et de grammaire, telles qu’on les lui a apprises, ça lui parle. Il les comprend, il les applique.

N° 2 (en 4e) est capable de ramener un 18/20 en dictée mais s’il me laisse un mot vite fait sur un post-it, sans se relire, peut tout à faire « oublier » les « s » ou toutes les règles de conjugaison…

N° 3 (en CM1) est encore un peu jeune mais j’ai la très bonne impression qu’il a bien assimilé les règles de base.

Et puis de plus en plus, mes copines me disent :

– Rhaa mon fils/ma fille (point de sexisme en la matière…), c’est une catastrophe, il fait des fautes horribles en français…

Jusqu’à l’année dernière où une copine est allée en janvier à la réunion parents-profs au collège de sa fille (alors en 3e) pour discuter avec la prof de français. Lui annonçant qu’elle était désolée que sa fille fasse autant de fautes d’orthographe, la prof lui a répondu :

– Oui, c’est vrai, elle en fait beaucoup, mais elle est tellement mignonne. Et puis vous savez, ils en font tous…

– ??

– Oui, ce n’est pas grave. Ne la stressez pas avec ça. Ça va aller.

OK. Donc, pas de stress inutile, j’entends bien. Mais > si la prof de français tient ce discours, comment on reste crédibles nous ? Comment on justifie nos discours à base de :

– L’écriture, l’orthographe, c’est important… 

Pour mes formations, j’interviens auprès d’enfants ou d’ados, mais aussi dans les entreprises. Je rencontre donc des adultes brillants, épatants, avec parfois de très gros postes… mais qui font 10 fautes par ligne. Qui ne savent pas conjuguer, ni accorder. Pour qui « COD, adjectif qualificatif, participe passé » ne veulent tout simplement rien dire. Et… comme il n’y a plus de secrétaires, un beau jour, cette orthographe hasardeuse devient un frein à leur progression professionnelle. Parce que c’est ça mon refrain. Aux mômes qui me disent :

– Je m’en fiche de l’orthographe. Moi, je veux devenir pompier, pâtisser, ou ingénieur. J’ai la bosse des maths alors ça ira toujours.

Je réponds :

– Bravo, génial. Super. C’est formidable d’avoir une vocation. Moi ce que je veux, c’est que tes problèmes d’orthographe ne deviennent jamais un frein à tes rêves.

Les fautes d’orthographe, ce n’est pas une fatalité. Il y a des solutions, plusieurs. La méthode que j’enseigne est géniale, il y en a d’autres, il y a plein de solutions…

Parce que si les enfants/ados en général sont très très zen avec ça, les adultes sont moins tranquilles. Les ados, ce sont les parents qui me les envoient.

– Allo, mon enfant a besoin d’aide. Je n’en peux plus des crises tous les soirs. On a tout essayé, il ne progresse pas…

Les enfants, on les répare très vite. 14h de formation, 20 heures maximum. Ils repartent le sourire aux lèvres, fiers d’eux. TOUS.

Par contre, TOUS les adultes me disent :

– J’en peux plus. J’ai tellement honte…

Pour eux, c’est parfois beaucoup plus compliqué. Ils ont un déficit de confiance terrible. La plupart font relire leurs mails à leur conjoint ou déploient des astuces de sioux pour éviter d’écrire…

Alors je leur dis tout le temps :

– Chacun ses compétences, on a tous des intelligences multiples. Regardez, moi par exemple, je suis bonne en orthographe, mais j’ai deux mains gauches. Ne me donnez surtout pas une raquette de tennis, je suis nulle… On s’ennuie très très vite avec moi au tennis.

Sauf que, le tennis, je m’en passe très bien. Personne ne m’obligera jamais à y jouer.

Mon job ? Dédramatiser. Et convaincre mes « élèves » que la langue française est certes très complexe, mais la plupart des règles sont assez logiques. Tout s’explique. Encore faut-il comprendre lesdites règles. Avec la méthode d’Anne-Marie Gaignard, on transforme les auxiliaires en rois parce que c’est plus simple si on met une image sur un mot. Le roi « être » est sympa : il s’accorde (presque) toujours. Le roi « avoir » nettement moins, alors on l’appelle le traître. Et on l’explique. Auxiliare, épithète, COI, ça ne veut rien dire. Roi, prince, fée, ça fait rêver et moi je trouve que ça fait du bien de rêver.

Très vite, je vois dans les yeux de mes élèves un énorme soulagement :

– Ah mais d’accoooooord ! J’avais rien compris du tout. Mais là, c’est simple en fait.

En fait, oui, c’est simple. Et là, leur horizon s’éclaircit, s’apaise.

Évidemment, c’est simple parce qu’ils sont seuls avec moi. Je n’en ai pas 35. Alors je suis leur rythme. Je les écoute. Je réponds à toutes leurs questions. On prend le temps. Ça marche. Rien de magique. Juste de l’attention. Les bons mots. Et de la bienveillance…

Je n’ai pas écrit cet article pour me faire de la pub, je travaille beaucoup. J’ai 3 jobs, 5 enfants, un mari adoré, je ne m’ennuie pas. Mais suite au reportage sur BFM TV, vous avez été nombreuses à me poser des questions alors j’espère y voir répondu. Cependant, si vous voulez des informations plus précises, si vous avez des questions, laissez-moi un commentaire en-dessous et j’y répondrai. Avec joie.

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