188 / Un genou à terre

J’avais prévu de vous raconter la dernière blague de ma fille, et aussi pour vous faire marrer, vous décrire mon dernier plantage culinaire. Mais je n’aurais pas abordé l’essentiel et au rythme de mes publications par ici, autant ne pas tourner autour du pot.

Ce matin, comme tous les matins, j’ai été réveillée à 6h35 par le message enregistré du journaliste de France Info qui rappelle qu’en raison d’un mouvement de grève, blablabli-blablabla les journaux ne sont pas au top. Depuis douze jours, je grogne (intérieurement), j’essaie de changer de station, ça beugue, je râle pour de bon et puis je me lève.

Ce matin, je n’ai rien tenté. Ce matin, j’ai senti que je n’en avais plus la force. Ce matin, j’aurais voulu qu’une douce voix me dise, reste au lit, prends ta journée, les enfants sont prêts et d’ailleurs, ils sont tous partis à l’école. Quand j’ai miraculeusement réussi à m’extirper de mes draps, il était 7h20, je n’ai pas foncé sous la douche, j’ai pleuré sous la douche, puis j’ai vaguement habillé et coiffé mes filles, et telle une gentille maman, j’ai déposé mes enfants à l’école. Comme tous les matins. Je suis rentrée, me suis assise au bureau, ai séché mes larmes et décroché mon téléphone. Deux heures plus tard, le toubib me ramassait à la petite cuillère.

Récit banal d’une déconfiture. Trop de nuits sans sommeil, trop de petites alertes étouffées, qui clignotaient pourtant pour prévenir qu’un beau jour, tout pourrait lâcher. Ce jour-là est arrivé. « Tout » ne lâche pas. Faut rien exagérer. Mais mes forces m’ont abandonnée. Petit à petit. Silencieusement.

Le toubib m’a prescrit les jolies pilules roses du bonheur, et d’autres, blanches je crois, pour aider à dormir. Parce que, m’a-t-il dit, dormir 4 heures par nuit, à votre âge ( !), vos 5 enfants et votre job, ça n’est pas assez. Voilà. On a mis des mots sur les maux. On a posé des bases et signé un pact. Je les ai achetées (les pilules) mais je vais tenter de m’en passer. Je ne suis pas anéantie, je suis fatiguée. À plat. Même plus le courage de courir. Même pas l’envie.

Pour autant, sa main ne me lâche pas. Ses beaux yeux bleus ne fuient pas. Depuis 20 ans qu’il partage ma vie et moi la sienne, on a, comme beaucoup, pris des coups, traversé des tempêtes et vécu d’immenses bonheurs. Son amour si précieux n’a jamais fait défaut alors, ensemble, on va escalader cette ridicule petite montagne qui bouche mon horizon et me coupe le souffle. On va, je le sais, affronter cette épreuve main dans la main, comme toujours. Et dans quelques jours, je reviendrai vous faire marrer avec les dernières bonnes blagues de mes cinq zouaves adorés.

D’ici là, prenez toutes grand soin de vous.

6 réflexions sur “188 / Un genou à terre

  1. Courage… Transfert de toute l’énergie qu’il me reste (même si mienne pompée par mes 5 enfants à moi aussi !)

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